AlphaGo bat le champion européen de go : révolution ou gros coup de pub pour Google ?

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Le 27 janvier dernier Facebook n’a cessé de communiquer sur ses avancées en matière de développement d’intelligence artificielle. Ce battage du concurrent de Google dans ce domaine pointu n’avait pour but que de tenter d’exister au moment où Google faisait sa grande annonce. Présentée comme une révolution il faut cependant ne pas s’emballer trop vite et plutôt remarquer qu’elle en dit plus sur l’industrie des nouvelles technologies que sur un futur Skynet.

L'intelligence artificielle et ses dérivées dans le marché des objets connectés sont clairement de futur business de Google. Les progrès sont ils majeurs ou est-ce simplement du marketing ?
L’intelligence artificielle et ses dérivées dans le marché des objets connectés sont clairement le futur business de Google. Les progrès sont ils majeurs ou est-ce simplement du marketing ?

L’avancée est considérable, la dernière fois qu’une machine avait battu ce genre de record était lorsque l’ordinateur Deep Blue d’IBM avait battu le champion du monde d’échec Kasparov en 1997. Le jeu de go étant plus simple que les échecs dans ses règles et sa disposition initiale, il est paradoxalement beaucoup plus complexe en termes de stratégies. C’est par des méthodes autres que de simples algorithmes qu’AlphaGo a pu réussir ce tour de force, en effet sa technologie se base beaucoup sur les méthodes du « deep learning » et un réseau de neurones artificiels. La machine, au lieu d’obéir à des instructions pré-écrites, va jouer un grand nombre de fois et apprendre de ses erreurs à chaque fois. Elle va donc acquérir une certaine « maturité » au bout de plusieurs millions de parties simulées mais sans avoir de capacités à anticiper, à provoquer, ou à faire appel à l’intuition comme un humain. Cette technologie n’en est encore qu’à ces débuts et des ingénieurs de Google reconnaissent que leurs machines échouent à faire ce qu’un enfant de quatre ans réussit sans effort.

Mais au moment où Google devient la première entreprise au monde en capitalisation boursière, cette information a été soigneusement communiquée pour faire paraître la firme comme bien en avance sur Facebook, qui a bien du mal à suivre la cadence sur le sujet. Google inaugure en grande pompe sa troisième ère : celle de l’intelligence artificielle et des objets connectés, après celle du moteur de recherche et celle du système pour smartphone. Dans un milieu aussi volatil que la Sillicon Valley, il est capital de créer une dynamique pour s’assurer de faire venir les meilleurs chercheurs et les capitaux.

Mais la question se pose aussi pour les gouvernements : pourquoi assiste-t-on à ces découvertes de la part d’entreprises privées alors qu’elles auraient pu être faites par des organismes de recherche universitaire ?

Il faut bien avouer que depuis la fin de la conquête de l’espace ce sont les acteurs privés qui ont repris la main sur les découvertes en technologies informatiques. Deep Blue lui-même était développé par le géant de l’époque : IBM. Quant à AlphaGo il devra se mesurer à un défi autrement plus difficile en affrontant le champion du monde de go en mars. Nous sommes loin d’IA autonomes et conscientes qui pourraient n’en faire qu’à leur tête mais même la Sillicon Valley a mis en garde contre ce genre de technologie et milite contre les armes autonomes. Une réflexion sur une régulation des intelligences artificielles semble là aussi émerger dans le privé alors qu’elle devrait être la tâche des gouvernements. Il faudra donc dans le futur malheureusement faire confiance aux géants de l’industrie pour qu’ils imposent les lois d’Asimov à leurs créations, à moins d’une prise de conscience publique sur le sujet.

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