Les mesures de Bachar el-Assad face à la contestation sociale

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Le président syrien, Bachar el-Assad, se devait d’agir face à la montée en puissance des revendications des manifestants. Et c’est sans surprise qu’il a aujourd’hui signé trois décrets, dont un mettant fin à l’état d’urgence en place dans le pays depuis 48 ans et la prise de pouvoir du parti Baas en 1963. Cette mesure, qui met par exemple fin à l’interdiction de se réunir ou de quitter le territoire sans autorisation étatique, était d’ailleurs un prérequis à tout dialogue pour les manifestants. Deux autres décrets signés aujourd’hui par Bachar el-Assad, au pouvoir depuis onze ans, réglementent désormais le droit de manifestation et abolissent la Cour de sûreté de l’Etat. Il faut dire que les manœuvres de duperie émanant du gouvernement, visant à imputer cette agitation sociale à des groupes salafistes, n’a pas eu l’effet escompté dans l’opinion publique syrienne : depuis le début des troubles en Syrie, 200 personnes ont déjà trouvé la mort.

Pourtant, la source qui nourrit le pouvoir syrien en place ne devrait pas se tarir à brève échéance. Le parti Baas contrôle suffisamment les rouages de la vie politique et sociale syrienne pour conserver le pouvoir à court et à moyen terme. Mais ces trois décrets signés par le président syrien pourront sans doute permettre aux opposants au pouvoir de s’organiser en vue d’obtenir de nouvelles concessions. Rappelons que, pour l’heure, tout opposant au parti Baas est passible d’emprisonnement. Ainsi, l’état d’urgence n’est en réalité qu’une loi symbolique permettant de justifier les arrestations ou détentions arbitraires qui, dans la pratique, pourront se poursuivre du fait des nombreuses lois octroyant de très larges pouvoirs aux forces policières.

Dans le même temps, les appels à manifester se sont multipliés, motivés par les événements ayant lieu à l’étranger. N’oublions pas non plus qu’environ 2,5 des vingt millions de Syriens vivent en-dessous du seuil de pauvreté et qu’une importante corruption persiste. Un « Grande Vendredi » a été prévu par les manifestants. A cet effet, des forces de sécurité ont été déployées à Homs, ville de plus d’un million d’habitant et haut lieu de la contestation syrienne, pour encadrer un nouveau mouvement social demain. Les autorités ont de leur côté affirmé qu’elles n’admettraient aucune nouvelle manifestation. Mais quoiqu’il en soit, les opposants ne comptent pas se laisser amadouer par ces annonces étatiques et réclament encore plus de liberté, au risque d’une nouvelle répression sanglante.

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