Consultation nationale populaire en Tunisie : une mise en danger de la démocratie ?

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Le 8 mai 2022, en Tunisie, sur la célèbre avenue Bourguiba, une partie du peuple tunisien est sortie manifester son soutien au Président Kaïs Saïed, après la fin de la consultation nationale populaire ayant rassemblé 500 000 participants. Cette consultation populaire fait suite à de nombreuses mesures prises par le Président depuis le 25 juillet 2021, date à laquelle il a gelé les activités du Parlement et limogé le Premier ministre. Depuis, ses détracteurs dénoncent un coup de force dangereux, dont les conséquences pourraient être lourdes pour la démocratie. Au fil des mois, le peuple tunisien est de plus en plus divisé sur la question : s’agit-il d’une dérive autoritaire ou d’une véritable prise en main d’une situation de mécontentement croissant de la population ?

Le président de Tunisie a pris différentes mesures politiques visant à s'arroger les pleins pouvoirs, mettant en péril la démocratie d'après ses détracteurs.
Kaïs Saied, président de la Tunisie

Le Président Kaïs Saïed n’a cessé de surprendre ces derniers mois, après le 25 juillet 2021. En janvier 2022, alors que le Parlement n’a toujours pas retrouvé sa fonction, une consultation nationale populaire est lancée, visant à recueillir l’avis des Tunisiens sur la situation politique du pays. Cette consultation en ligne ne rassemble que 500 000 participants, sur les 8 000 000 de tunisiens de plus de 16 ans autorisés à participer. Les résultats seront utilisés, d’après le Président, afin de rédiger une nouvelle constitution en accord avec les attentes du peuple.

A la recherche d’un changement

Pour les sympathisants du pouvoir en place, cette constitution est l’occasion d’entamer un réel changement en profondeur dans le régime politique qui, depuis 2011, a connu beaucoup de difficultés. En effet, une crise économique paralyse actuellement le pays. Les inégalités se creusent, en particulier entre les régions, tandis que le chômage augmente. Selon les manifestants du 8 mai, cette crise économique et sociale serait due à la mauvaise gestion de l’Etat, notamment par le parti majoritaire En Nahda. Le gel du parlement et sa dissolution en mars 2022 ne seraient alors que des moyens d’écarter du pouvoir un parti islamiste incompétent et corrupteur. Les manifestants demandent le jugement et la condamnation de certains hommes politiques issus du parti pour corruption et assassinats politiques. En effet, ces dernières années, des hommes politiques opposants au mouvement islamiste ont été tués par certains membres de groupes islamistes et salafistes. Le cas le plus connu reste celui de Chokri Belaïd, un leader de l’opposition de gauche tué en 2013.

Une démocratie en péril

De l’autre côté, de plus en plus de citoyens et citoyennes appellent à boycotter les actions présidentielles, comme la consultation nationale populaire. Cette dernière ne serait qu’un outil pour adopter un régime politique plus autoritaire. Par ailleurs, les méthodes utilisées pour remplir les questionnaires de la consultation ne seraient pas assez sécurisées, ce qui favoriserait la fraude et fausserait les résultats. Pour eux, le Président s’est déjà octroyé les pleins pouvoirs, après avoir dissolu le Conseil supérieur de la magistrature en février et le Parlement en mars. En effet, il s’est désormais arrogé tous les pouvoirs : législatif, exécutif et judiciaire. Le retour à un régime autoritaire est donc une possibilité bien réelle, qui semble se mettre en place à mesure que Kaïs Saïed prend des mesures politiques radicales De quoi s’inquiéter pour les acquis de la révolution de 2011, qui avait permis un réel changement politique. La Tunisie est d’ailleurs le seul Etat dans lequel le printemps arabe a instauré une transition démocratique. Cette dernière est donc remise en cause depuis juillet 2021.

L’évolution de la situation semble très incertaine, étant donné la division de l’opinion publique quant aux mesures prises par le Président. Dans les mois à venir, des propositions de constitution devraient voir le jour, ce qui pourrait alors changer le régime politique en profondeur et mettre en péril la démocratie. La peur de voir revenir au pouvoir les islamistes pour certains, et un régime autoritaire pour d’autres, semble désormais rythmer le quotidien de la société tunisienne.

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