La Libye sera-t-elle la nouvelle Syrie ?
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La Libye sera-t-elle la nouvelle Syrie ?

 

Un accord a donc été trouvé entre les deux prétendants au gouvernement de la Libye : la chambre des représentants (CDR) et le Congrès général national (CGN). Mais alors que la situation ressemble par certains points à celle de la Syrie, le processus d’expansion de l’organisation est-il réversible ou la greffe de Daesh est-elle bien partie pour durer ?

Le secrétaire d'Etat John Kerry et les parties prenantes de la conférence sur la Libye au ministère des affaires étrangères italien le 13 décembre à Rome.
Le secrétaire d’Etat John Kerry et les parties prenantes de la conférence sur la Libye au ministère des affaires étrangères italien le 13 décembre à Rome.

C’est donc avec l’accord onusien de Rome signé le 13 décembre dernier que la CDR, élue en juin 2014 plutôt libérale et rassemblant d’anciens cadres du système Kadhafi, et le CGN, islamiste proche des frères musulmans, se sont entendus pour former un unique gouvernement. Ce gouvernement devra être formé dans un délai de quarante jours après une signature formelle de l’accord le 16 décembre à Skhirat au Maroc. Le nouveau gouvernement devrait se baser sur celui de la CDR en incluant des éléments de la CGN à des postes stratégiques pour contenter toutes les parties. Dire que cet accord a été difficile à obtenir est un euphémisme : un négociateur en chef de l’ONU a déjà abandonné et le nouveau en poste a réussi à arracher cette entente en ajoutant à la table le conseil de sécurité de l’ONU, huit pays arabes, l’Union Africaine et l’Union Européenne.

Pendant ce temps Daesh est arrivé à s’implanter avec succès sur la côte à égale distance de Tripoli et de Tobrouk, sur une bande de 250 km. L’ONU estime que l’organisation terroriste s’appuie sur un effectif de 2000 à 3000 combattants et qu’elle cherche à atteindre les champs pétroliers situés non-loin plus en profondeur dans le pays. Profitant du vide laissé par les deux parlements et l’effondrement du système Kadhafi s’appuyant sur les tribus locales, Daesh cherche à ouvrir un nouveau front. Les raisons sont multiples : premièrement, l’organisation a toujours misé sur un mouvement de conquête dans son marketing terroriste. Daesh étant actuellement en recul sur son cœur en Irak et en Syrie, elle a besoin de montrer qu’elle se développe toujours et ce vide en offre l’occasion rêvée. Deuxièmement, après les frappes de la coalition sur ses champs pétroliers et ses camions citernes Daesh a besoin de retrouver un apport en pétrole qui contribuait à 48% à ses finances. Troisièmement Daesh peut vouloir intensifier ses attaques sur l’Europe et mettre la main sur le trafic lucratif de migrants avec cette position côtière stratégique à moins de 400km de l’Italie. Enfin, la jonction avec les mouvements islamistes du Sahel et Boko-Haram bénéficierait beaucoup aux deux mouvements et permettrait de créer un grand arc terroriste du Proche-Orient jusqu’à l’Afrique de l’Ouest.

On voit donc tout l’intérêt que Daesh a à intensifier ses opérations en Libye. Mais le terrain idéologique notamment y est différent.

En Syrie Daesh a pu bénéficier de la répression féroce de Bachar-al-Assad pour appuyer sa propagande et grossir ses rangs. La résistance du régime empoisonnant la situation a nourrit son développement de même que le soutient de puissances frontalières comme la Turquie qui a eu tout intérêt à ce que Daesh extermine les kurdes. En Libye le gouvernement de Kadhafi est tombé et les deux parlements sont issus d’élections : la problématique n’est pas celle d’un régime contre le peuple mais de l’organisation du régime et du partage du pouvoir. De plus aucun voisin de la Libye n’a d’intérêt à nourrir Daesh. La solution politique en Libye peut donc donner rapidement des résultats concrets. Cependant si le nouveau gouvernement se décide à châtier tous ceux qui s’opposent à lui la situation pourrait glisser dans une configuration à la syrienne.

About Nicolas MOULIN

Nicolas Moulin est étudiant à Euromed Management après trois ans de CPGE ECS au lycée Pierre de Fermat. Membre de 2012 à 2013 de la commission SimONU , qui organise des simulations de négociation de type ONU et qui participe aux différents MUN européens et américains, il était responsable simulation et Think Tank au sein de cette commission. Zones de prédilection : Europe et Etats-Unis.

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