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La conférence d’Astana, un petit pas pour la Syrie

 

Les 23 et 24 janvier derniers, Astana la capitale du Kazakhstan accueillait les pourparlers inter-syriens sur le processus de paix. Une conférence internationale co-organisée par la Russie, la Turquie et l’Iran dans un contexte de cessez-le-feu relatif entre l’armée d’Assad et les forces de l’opposition syrienne. Un évènement à haut risque pour la Russie, qui mettait en jeu sa crédibilité internationale et sa capacité à faire respecter un fragile cessez-le-feu. Depuis sa mise en place le 30 décembre dernier, la trêve militaire n’a pas toujours été respectée, mais le rythme des combats sur le terrain à nettement diminué. L’objectif de la conférence d’Astana était donc à la fois d’ouvrir un dialogue entre parties syriennes et de mettre en place des mécanismes de surveillance du cessez-le-feu.

Des absents de marque

Mohamed Allouche, négociateur de l’opposition syrienne.

La caractéristique principale de cette rencontre internationale était l’absence des occidentaux, une première dans un conflit de cette ampleur depuis la fin de la guerre froide. L’ONU était toutefois représentée par l’intermédiaire de son nouveau secrétaire général António Guterres et Staffan de Mistura, chargé de la recherche d’une résolution au conflit en Syrie. Le Front Fatah al-Cham (ex al-Nosra) et l’Arabie saoudite n’étaient pas non plus de la partie, sur demande de l’Iran. Au niveau des présences notables, le gouvernement syrien était bien entendu représenté, tout comme 14 groupes rebelles menés par Mohamed Allouche, membre du groupe salafiste Jaysh al-Islam. Contrairement aux précédentes tractations de Genève, où l’opposition était représentée par des délégations de syriens en exil, ces derniers sont aujourd’hui rétrogradés au rang de conseillers des rebelles, actifs sur le terrain.

Pas un succès, mais une avancée

Le principal point d’interrogation résidait dans la capacité des trois organisateurs à trouver un accord commun, notamment entre les positions russo-turques et iraniennes. En effet, Téhéran semblait être partisan d’une reconquête militaire plus large par l’armée d’Assad, après la victoire d’Alep. Les trois États se sont pourtant mis d’accord sur « un mécanisme afin de surveiller et de s’assurer de la complète mise en oeuvre du cessez-le-feu et pour éviter toute provocation », proposition soutenue par le régime syrien et l’opposition. Succès également pour les relations entre la Russie et la Turquie, qui confortent leur soutien respectif, pour mettre notamment la pression sur Daesh, comme le montre les raids aériens actuels à Deir ez-Zor. Cependant, rien ne laisse penser aujourd’hui à un aboutissement du processus de paix entre le régime syrien et les rebelles, car aucun accord n’a été signé entre les deux parties. Le succès de la conférence d’Astana se mesurera lors des négociations de paix à Genève initialement prévues à partir du 8 février. Ces négociations seront certainement repoussées à la fin du mois de février, comme l’a annoncé le ministre des affaires étrangères russe, Sergueï Lavrov.

Après l’échec des négociations de Genève en 2012, 2014 et 2016, 2017 reste peut-être une des dernières possibilités pour trouver une sortie politique à ce conflit qui a couté la vie à plus de 300 000 personnes pour le moment. La conférence d’Astana aura donc servie de premier pas vers une paix éventuelle, en introduisant un début de dialogue entre le régime et les rebelles, ce qui représente déjà un petit pas pour la Syrie.

About Fabien HERBERT

Rédacteur géopolitique pour Les Yeux du Monde. Formé à l'Université Catholique de Louvain, Fabien Herbert est journaliste et analyste spécialisé en relations internationales. Il s'intéresse notamment au monde russophone et au Moyen-Orient.

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