Rétrospective 2017 : évolution du conflit syrien
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Rétrospective 2017 : évolution du conflit syrien

Il y a un peu plus d’un an, le 13 décembre 2016, Alep-Est capitulait après avoir été bombardé durant des mois par l’aviation syrienne et russe. Cette étape décisive a mis fin à tout espoir de victoire des forces rebelles. Si le régime semble aujourd’hui en position de force et ce, notamment grâce au soutien de la Russie, la résolution du conflit apparaît comme une perspective encore lointaine.

Une offensive menée sous l’égide de la Russie

La guerre qui a débuté en 2011 dans le sillage des Printemps arabes à la suite de la répression de mouvements de révolte pacifique contre la dictature de Bachar el-Assad a fait plus de 400 000 morts, 5 à 6 millions de déplacés et autant de réfugiés. Alors que la fin pour le régime paraissait proche, l’intervention russe à partir du 30 septembre 2015 a complètement modifié la donne. Cette intervention s’est traduite par une intensification des bombardements, en particulier sur les structures civiles et militaires de la rébellion et a permis au régime de regagner progressivement du terrain. Outre la Russie, sont aussi présents aux côtés du gouvernement syrien, l’Iran depuis 2012 (par le biais de la force Al-Qods des Gardiens de la révolution, des bassidjis et des milices chiites irakiennes, afghanes et pakistanaises) ainsi que le Hezbollah depuis 2013 (bataille de Qousseir).

C’est également en 2013, au mois d’août que le régime Assad a eu recours aux armes chimiques contre les populations de la Ghouta. Face à l’indignation internationale, la résolution 2118 du Conseil de sécurité de l’ONU, qui ordonne le démantèlement de l’arsenal chimique par le régime, est adoptée à l’unanimité. Cela n’empêche pas une nouvelle attaque chimique en avril 2017 à Khan Cheikhoun. Depuis, les membres du Conseil de sécurité ne sont pas parvenus à s’entendre pour mettre fin à ces attaques ponctuelles. Le Joint Investigative Mechanism (JIM), chargé d’enquêter sur l’utilisation des armes chimiques en Syrie, n’a pas vu son mandat renouvelé notamment en raison du veto russe.

La reprise du contrôle du pays par les forces du régime

Début 2017, le régime contrôle quasiment l’ensemble de l’Ouest du pays, où se trouvent la majorité de la population et des forces économiques du pays. Il s’agit de la Syrie souvent qualifiée d’«utile» qui forme un axe du Sud (Damas) au Nord (Alep) en passant par les villes centrales de Homs et Hama.

Au cours de l’année, la mainmise du régime s’est intensifiée puisqu’en novembre 2017, il contrôle les deux tiers du territoire (contre moins de 20% à la veille de l’intervention russe) et les deux tiers de la population. Hormis quelques enclaves à Homs, Damas et dans le Sud syrien, Idleb est la seule région encore aux mains des rebelles, mais dominée par les islamistes, notamment le Front Fatah al-Cham ex-branche syrienne d’Al-Qaïda. L’idée selon laquelle « Idleb sera la grande bataille de 2018 »[1] semble se confirmer comme en témoignent les violents combats qui ont lieu actuellement entre l’armée du régime d’un côté et les jihadistes et rebelles de l’autre[2].

Néanmoins, ce contrôle est tout relatif dans la mesure où le président Assad semble avoir concédé une partie de la souveraineté de son pays à ses « parrains » étrangers ainsi qu’aux milices étrangères et locales présents sur place. L’armée du régime s’est réduite comme peau de chagrin passant de 300 000 personnes en 2011 à environ 20 000 aujourd’hui. A ces effectifs s’ajoutent les forces et milices étrangères qui comptent entre 50 000 et 70 000 hommes[3].

La paix impossible ?

Le processus d’Astana lancé au mois de janvier 2017 par la Russie avec l’Iran et la Turquie a permis la mise en place de quatre zones dites de « désescalade », sous le parrainage d’autres acteurs régionaux tels que l’Égypte ou la Jordanie. Si ce système a été effectif dans certaines zones, son succès reste relatif en raison de la grave crise humanitaire qui touche la Ghouta orientale. Ce processus revêt en outre une dimension militaire et non politique. Le souhait d’organiser à Sotchi un règlement politique de la crise syrienne s’est heurté à un certain nombre de difficultés au rang desquelles se trouve l’opposition de la Turquie à l’invitation des Kurdes syriens du Parti de l’union démocratique (PYD), que la Russie soutient.

Aujourd’hui, la Russie cherche à stabiliser le terrain. « Les morts quotidiennes se sont ralenties et non pas arrêtées dans la plupart des régions sauf une (…) la région d’Idleb. C’est un point de cristallisation qui nous annonce quelque chose de terrible si rien n’est fait. »[4] Cette tentative de refroidissement du conflit est loin d’être synonyme de règlement et les négociations paraissent au point mort. L’émissaire de l’ONU pour la Syrie, Staffan de Mistura, a évoqué une « occasion en or ratée » après la fin du 8e round de pourparlers sur la Syrie à Genève qui a pris fin le 14 décembre dernier, estimant que « les négociations [n’avaient] pas eu lieu ». Le Représentant spécial du Secrétaire général des Nations unies a accusé le gouvernement syrien d’en être le principal responsable.

De leur côté, la Russie, la Turquie et l’Iran ont annoncé vendredi 22 décembre la tenue d’un « congrès du dialogue national » les 29 et 30 janvier 2018 à Sotchi, à l’issue des pourparlers d’Astana. M. de Mistura, qui était présent à Astana, a insisté sur le fait que « toute initiative politique [devait] contribuer au processus politique sous l’égide de l’ONU à Genève et le soutenir »[5]. Il a rappelé son intention de tenir de nouveaux pourparlers à Genève en janvier, centrés sur la rédaction d’une nouvelle Constitution et l’organisation d’élections comme le prévoit la résolution 2254 des Nations unies de décembre 2015. Reste à savoir si un accord pourra être trouvé afin de mettre en œuvre cette résolution.

[1] Fabrice Balanche, « Depuis Alep, comment Bachar el-Assad a reconquis une grande partie de la Syrie », Le Figaro, 22 décembre 2017.

[2] « Syrie : bombardements « d’une violence sans précédent » près d’Idleb, France 24, 30 décembre 2017.

[3] « Conflit syrien : le point sur les forces en présence », France Soir, 3 décembre 2015.

[4] Bassma Kodmani, « Que va devenir la Syrie ? », Géopolitique Le Débat, 30 septembre 2017.

[5] « Syrie : Russie, Turquie et Iran initient de nouveaux pourparlers à Sotchi », France 24, 23 décembre 2017.

About Lydia FOSTER

Lydia Foster est étudiante en master Affaires publiques à Sciences Po Paris. Elle s’intéresse particulièrement aux enjeux liés à la région Afrique du nord / Moyen-Orient. Elle est rédactrice pour les Yeux du Monde depuis novembre 2017.

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