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Le Somaliland, un pays démocratique en Afrique

 

Fin janvier, Laurent Fabius s’est entretenu avec le président d’un pays qui n’existe pas : le Somaliland. Cette rencontre, anodine en apparence, revêt des enjeux considérables pour la Françafrique et plus généralement pour l’Afrique de l’Ouest.

Le Somaliland est situé au Nord de la Somalie, dans la Corne de l’Afrique. Dans une zone où les guerres tribales voire interétatiques (Ethiopie contre Eyrthrée en 1991) et les famines à répétition favorisent la naissance d’un bourbier islamique et d’un vivier pour des pirates, aucun miracle n’est attendu. La Somalie, l’Erythrée et Djibouti font partie des 30 pays les plus pauvres du monde. Pourtant, la position stratégique entre la mer Méditerranée et l’Océan Indien par le canal de Suez, véritable carrefour commercial, intéresse les plus grands acteurs occidentaux dont la France. Mais avec qui dialoguer dans une zone où les Etats sont le plus souvent faillis ?  Cette région de Somalie, autoproclamée indépendante en 1991, est devenue un interlocuteur de premier choix pour Paris et Washington. Pourquoi ?

Ce pays fait figure d’exception en Afrique car il ressemble fortement à un Etat-nation. Le pays a créé une démocratie autour d’une union nationale : les trois clans répartis sur le territoire (Isaak, Dir, Darods) ont décidé de condamner les luttes intestines pour le pouvoir. En 1993, le parti MNS du clan majoritaire a transmis le pouvoir à une chambre de 82 anciens représentant l’ensemble des clans du territoire dans l’attente d’une Constitution. En 2005, des élections législatives offrent le pouvoir à l’opposition et le régime entre en période de cohabitation jusqu’en 2010, sans heurts !

Le pays s’est ensuite doté d’un Etat : le secteur privé est dynamique et les dettes inexistantes. La diaspora, motivée par un patriotisme inébranlable, finance la vie économique du pays : elle envoie 200 millions de dollars chaque année alors que le budget de l’Etat se limite à quelque 20 millions. L’économie est principalement pastorale contrairement aux nombreuses économies de rente africaine ce qui permet au modèle d’être totalement indépendant des variations des cours.

Toutefois, cette économie fonctionne sans aide internationale, accaparée par Mogadiscio et sans possibilité de frapper sa monnaie ou de nouer des relations bancaires avec d’autres pays. L’enjeu de l’indépendance est donc fondamental pour le développement de ce pays. Il inquiète de nombreux pays d’Afrique à l’heure de la remise en cause des frontières de la décolonisation après la scission du Soudan et laisse redouter des représailles menées par des ethnies somaliennes contre les ethnies autonomes du Nord.

Aujourd’hui, la situation évolue pour trois raisons :

–          Le groupe Bolloré s’intéresse à la modernisation du port principal, Berbera, à l’embouchure du golfe d’Aden, afin de densifier son maillage sur le continent et d’optimiser la gestion des flux de livraison de matières premières  depuis l’Afrique ;

–          Les pays occidentaux financent le seul pays stable de la région pour lutter contre la piraterie : la moitié du budget du pays est dédiée à la défense. Les Américains s’intéressent au pays pour y installer une base militaire.

–          L’Ethiopie, enclavée, pousse l’ascension du pays pour accéder à la mer.

About Grégoire HALLIEZ

est étudiant à Audencia Nantes après une classe préparatoire économique et commerciale au Lycée du Parc (Lyon).

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