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La bataille pour la démocratie en Tunisie

 

Suite à l’assassinat de Mohamed Brahmi, figure de l’opposition tunisienne, le parti islamiste au pouvoir Ennahda (qui signifie Renaissance) ainsi que ses deux alliés au pouvoir le Congrès pour la République (CPR) et Ettakatol ont lancé des offensives militaires et policières dans le pays dont l’objectif est de stopper les « extrémistes religieux » et les « terroristes » soupçonnés d’être à l’origine des déstabilisations que connaît le pays. Reste à transformer l’essai dans les mois et les années à venir pour finir d’enraciner profondément dans les mentalités la vague de démocratie qui a renversé Ben Ali il y a deux ans et demi déjà.

En février dernier, l’opposant Chokri Belaïd était assassiné en sortant de chez lui, provoquant une grave crise politique. Celui-ci dénonçait, entre autres choses, la « complaisance » d’Ennahda à l’égard des « djihadistes qui enrôlent la jeunesse tunisienne pour aller se battre en Syrie ». Il y a 15 jours, une autre figure de l’opposition tunisienne était assassinée, Mohamed Brahmi, devant chez elle, générant à nouveau une vague de protestations couplée à des appels à la démission du gouvernement.

La réponse d’Ennahda ne s’est pas fait attendre. Sitôt le Ramadan terminé, ils ont appelé leurs soutiens à manifester. Un ralliement massif s’est tenu, ce qui démontre une vitalité politique propice à l’avancée, même cahin-caha, de la démocratie dans ce pays qui a subi la dictature de Ben Ali pendant 25 ans. Les critiques, vives, de l’opposition, qui en vient même à demander la dissolution de l’Assemblée constituante, montrent qu’un véritable débat de société existe et que toutes les parties prenantes ont le souci de faire avancer leur pays vers la démocratie.

Toutefois, Ennahda ne peut pas véritablement se permettre d’être complaisant vis-à-vis des extrémistes qui tentent de déstabiliser, sinon le gouvernement, du moins l’opposition, très présente. Compte tenu de la faible majorité de la coalition au pouvoir, le parti islamiste ne possède pas de marges de manœuvre très importantes. C’est pourquoi le gouvernement s’est lancé dans de vastes opérations militaires visant à rétablir la sécurité des citoyens tunisiens tout en appelant les militants djihadistes à se rendre à la police et à déposer les armes.

Si cet appel ressemble à un vœu pieux, il a le mérite de prouver la détermination du principal parti au pouvoir d’assurer la pérennité de la démocratie en Tunisie. Plusieurs suspects dans les assassinats de MM. Belaïd et Brahmi ont d’ores et déjà été appréhendés de même que deux trafiquants d’armes à la frontière libyenne et une opération militaire de grande envergure a été lancée afin « d’éradiquer » un groupe armé lié à Al-Qaïda.

Le futur de la Tunisie semble très prometteur malgré des indicateurs économiques mitigés.

Cependant, il ne faut pas occulter tout ce qui reste à faire en Tunisie, notamment d’un point de vue économique. En effet, la pauvreté est en général un terreau fertile pour les extrémismes quels qu’ils soient. A ce titre, et selon les estimations du FMI, le PIB par habitant en 2012  a légèrement reculé par rapport à 2011 (-100$ à 4232$). Dans le même temps, et même si elle est loin d’un niveau inquiétant, l’inflation s’est établie à 6% en 2012 contre 3,5%. L’investissement total approche les 26% du PIB alors qu’il atteint les 36% en Algérie et au Maroc. Surtout, le taux de chômage est de 18,9%, chiffre qu’une croissance du PIB de 3,6% en 2012 (après une contraction en 2011) peinera à faire diminuer avant un certain temps.

La situation du pays est donc loin d’être rose. Toutefois, il faut savoir parfois préférer la vision du verre à moitié plein. Assurer un état de droit dans lequel la sécurité est garantie est une condition préalable à tout développement économique. Malgré toutes les critiques qu’on peut faire au gouvernement tunisien, la culture de la démocratie semble bien s’être emparée de tous les partis politiques, de toutes les couches de la société et cela est très encourageant pour le futur de la Tunisie qui prend de plus en plus la forme d’un partenaire fiable.

About Romain GRIMAL

Etudiant à HEC, passionné d'économie, européen convaincu et citoyen du monde... Ah non, c'est plus possible, Gérard a pourri ce terme! N'hésitez pas à laisser une critique!

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