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Banque asiatique d’investissement : vers un nouvel ordre économique international?

 
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Réunion des membres fondateurs de la Banque Asiatique d’Investissement pour les Infrastructures

Projet lancé à l’initiative de la Chine fin 2014 avec comme objectif de créer une institution financière internationale réellement multilatérale, la Banque Asiatique d’Investissement pour les Infrastructures (BAII) prend peu à peu forme. Les 57 Etats ayant manifesté leur intérêt pour cette nouvelle banque se sont réunis le 22 mai afin de débattre des statuts qui devraient la régir. Cette nouvelle offensive diplomatique chinoise s’inscrit dans la continuité de la politique étrangère du pays, passant du statut d’atelier du monde à banquier du monde et ne manquera pas de reconfigurer l’architecture financière internationale. Si la Chine présente la BAII comme une structure à même de répondre aux faiblesses du Fonds Monétaire International et de la Banque Mondiale en matière de gouvernance (réforme des quotes-parts), elle aura aussi pour fonction de développer sa politique étrangère et notamment la nouvelle route de la soie développée par le président Xi Jinping visant à l’approfondissement des relations de la Chine avec le continent eurasiatique. La BAII défie ainsi ouvertement le FMI et la Banque Mondiale, accusés d’être à la botte des Etats-Unis mais aussi la Banque Asiatique de Développement créé en 1966, à qui la Chine reproche sa trop grande proximité avec le Japon.

Symbole du basculement asiatique de l’économie

Afin de garantir la multilatéralité, l’organisation devrait être régie par un conseil de douze membres, dont neuf asiatiques. Cela vise à assurer une absence de domination chinoise, au moins institutionnellement. De même, la Chine a indiqué qu’elle ne disposerait pas de droit de veto. Cela ne présume en rien de la modalité dont seront gérés effectivement les fonds de cette banque – 90 milliards d’euros devraient être investis dans les infrastructures en Asie – dont la Chine sera le principale actionnaire. L’autre puissance émergente, l’Inde, se positionne déjà comme le deuxième actionnaire avec  10-15% du dépôt (contre 25-30% pour la Chine). Ce projet se situe dans la continuité du positionnement économique international de la Chine qui a par exemple accordé plus de prêts que la Banque Mondiale aux pays africains en difficulté entre 2009 et 2010. Il met néanmoins en exergue le primat des intérêts nationaux et régionaux chinois notamment dans le cadre de son implication au sein du groupe des pays émergents. Le lancement de cette nouvelle institution questionne la pertinence de la banque des BRICS lancée en grande pompe en juillet 2014. Si ces deux institutions ont des objectifs différents, elles participent toutes deux à un remodelage de la gouvernance mondiale. De plus, l’implication de nombreux pays européens (dix-sept membres de l’Union européenne), de partenaires historiques américains (Royaume-Uni, Corée du Sud, Israël) et le soutien récent du FMI attestent de la perte de contrôle de l’économie mondiale par les Etats Unis. Les pays occidentaux qui ont décidé de rejoindre la banque ont en effet préféré adopter une posture ouverte et s’impliquer dans le projet, afin d’en tirer des bénéfices, plutôt qu’adopter la posture américaine et japonaise de défiance. Le Japon a en ce sens annoncé le 21 mai un plan d’investissement dans les infrastructures de haute qualité à hauteur de 100 milliards de dollars d’ici 5 ans.

C’est enfin une vision spécifique du développement et de la politique étrangère que favorise la Chine à travers cette banque : le marché des infrastructures représente près de 8000 milliards de dollars en Asie. En choisissant de lancer une banque d’investissement dans les infrastructures la Chine favorise le développement endogène et concret, défiant là encore les institutions financières internationales auxquelles il est souvent reproché leur déconnexion du terrain. Si des critiques s’élèvent déjà sur la transparence et le respect des normes et standards internationaux de la banque, cette nouvelle institution qui verra le jour d’ici la fin de l’année 2015 constitue déjà une réussite diplomatique chinoise.

About Jessica SOME

Diplômée en Géopolitique et en Droit Public de l'Université Paris 1 Panthéon Sorbonne, elle est rédactrice pour les Yeux du Monde depuis août 2013.

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