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La France à l’assaut de l’Inde

 

Du 24 au 26 janvier 2016, le président François Hollande accomplissait sa visite officielle en Inde. Accompagné d’une large délégation de patrons d’entreprises françaises, le chef de l’Etat souhaite promouvoir le savoir-faire hexagonal auprès du géant asiatique. Sur fond de négociations en vue d’un contrat d’avions de chasse Rafale, les relations franco-indiennes se sont considérablement renforcées durant la présidence Hollande. Éclairage sur un choix stratégique.

La France renforce ses liens avec une Inde en pleine croissance
La France renforce ses liens avec une Inde en pleine croissance

Tout d’abord, le Rafale de Dassault Aviation demeure en ligne de mire de ce voyage en terre indienne. Rappelons qu’en avril 2015, le Premier ministre indien Narendra Modi annonçait au Bourget son intention d’acquérir 36 chasseurs tricolores sur étagère. Sa déclaration coupait court à plusieurs années de négociations franco-indiennes enlisées au sujet d’un super-contrat de 126 avions (dont 108 à construire sur le sol indien). Toutefois, point de contrat signé jusqu’alors, seulement une déclaration d’intention. Il faut dire que les besoins indiens en matière d’aviation militaire sont conséquents : sur une flotte d’environ 600 aéronefs, quelques 200 unités sont ou seront très prochainement à remplacer. À l’issue de la visite, le dossier avance un peu avec la signature d’un accord intergouvernemental. Néanmoins, les négociations achoppent sur les aspects financiers : le montant et les offsets (contreparties et transferts de technologie). Dassault estime être en mesure de finaliser le contrat dans les 4 prochaines semaines. Affaire à suivre.

Concernant les autres projets industriels français en Inde, les secteurs des énergies renouvelables et de l’eau sont particulièrement représentés. Aussi, Suez a remporté divers contrats concernant la fabrication d’infrastructures de gestion de l’eau pour plusieurs dizaines de millions d’euros. L’entreprise française Solaire direct a signé pour la fourniture d’installations de production d’énergie solaire. Ce contrat est concrétisé à peine plus d’un mois après le lancement franco-indien de l’Alliance solaire internationale lors de la COP 21 à Paris. L’Inde est en effet le 3ème plus gros émetteur mondial de gaz à effet de serre. Narendra Modi souhaite convertir son pays aux énergies renouvelables en s’engageant pleinement sur le chemin de la croissance verte. Son objectif est ambitieux : les énergies renouvelables devront compter pour 40 % du bouquet énergétique indien en 2040. Cependant, le territoire indien manque d’infrastructures. Cette lacune mine le tissu industriel local et refreine les investisseurs étrangers. Qu’à cela ne tienne, le Premier ministre indien souhaite développer massivement les infrastructures de son pays pour favoriser l’implantation de multinationales et de start up étrangères avec à la clef d’importants transferts de technologie : c’est la stratégie du Make in India. Alstom a ainsi pu signer un juteux contrat de 3,7 milliards d’euros pour la fourniture de 800 locomotives à la compagnie ferroviaire d’Etat indienne. De plus, la France investira 2 milliards d’euros dans la construction de 3 smart cities en Inde. D’ici 2020, les investissements français au pays de Gandhi devraient doubler.

L’Inde, un choix stratégique pour la France

Tandis que la croissance mondiale s’essouffle, que la Chine voit les difficultés économiques et financières s’accumuler et que la Russie et le Brésil enregistrent un recul de leur PIB à cause de la chute des prix des matières premières, l’Inde semble être le seul grand émergent à tirer son épingle du jeu. Contrairement aux autres, l’Inde est un importateur net de matières premières. Elle ne souffre donc pas de la chute du prix du baril de pétrole, au contraire. En outre, son économie est moins dépendante de la Chine que les autres pays émergents qui pâtissent du ralentissement chinois. Pour preuve, en 2015, la croissance indienne (7,3%) dépassait, pour la première fois depuis de nombreuses années, la croissance chinoise (6,9 %).

Dans ce contexte, l’Inde apparaît comme un marché prometteur pour les entrepreneurs français en quête de relais de croissance. L’État français accompagne et favorise cet élan économique en resserrant ses liens avec New Delhi qui cherche à diversifier ses partenaires tant commerciaux que stratégiques. Rappelons au passage que l’Inde reste le premier importateur mondial d’armement (environ 15 % des achats d’armes) dans une région caractérisée par son instabilité (conflits latents au Cachemire et dans l’Aksaï Chin, recrudescences des attaques terroristes dans le sous-continent indien). Gage de bonne volonté ou signal faible, Narendra Modi a autorisé pour la première fois dans l’histoire de la République de l’Inde des soldats d’une armée étrangère (en l’occurrence l’armée française) à défiler sur le sol indien lors du Republic Day.

About Rémy SABATHIE

Rémy Sabathié est secrétaire général des Yeux du Monde. Analyste en stratégie internationale et en cybercriminalité, il est diplômé de géopolitique, de géoéconomie et d’intelligence stratégique.

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