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La hantise du déclin en France : mythe, réalité ou arme politique ?

 

Membre fondateur et moteur de l’UE, 5ème puissance économique mondiale, 6ème terre d’accueil et 4ème pays émetteur d’IDE en 2012, première destination touristique mondiale, la France est une puissance économique de premier plan. Son rayonnement culturel éblouit le monde et sa puissance atomique et militaire peut enténébrer à tout moment n’importe quelle zone terrestre. Membre permanent du conseil de sécurité de l’ONU, la France est une puissance militaire, économique, culturelle. Pourtant, les Français décrochent la palme du pessimisme économique, devant les Irakiens et les Afghans et sont les premiers consommateurs d’antidépresseurs. Jamais en ces temps de crise le mythe du déclin français n’a été si puissant et approprié à l’heure où Paris s’enfonce dans les abîmes de la croissance molle, des déficits rampants et de la dette insoutenable alors que ses voisins semblent sortir subrepticement la tête de l’eau. D’où vient cette hantise du déclin français ?

Après Waterloo, aux rêves de grandeur des grognards succédèrent les cauchemars nostalgiques des romantiques. La France de l’Ancien Régime puis napoléonienne, à trois pattes sur l’Etat, la ruralité et la démographie, entamait sa longue descente aux enfers. Alors que les dorures du siècle d’or français s’oxydèrent, le déclinisme postrévolutionnaire dans sa forme moderne naquit. Les forces passées se muèrent en faiblesses et retards. L’ère de la révolution industrielle amplifia le phénomène urbain et démontra le retard industriel français face à ses voisins anglais et surtout allemands, en pleine explosion démographique. Les Trente piteuses ravivent en réalité un phénomène historique. Le retard n’existe que par rapport à une époque et à des voisins. C’est ce que dénonçait au travers de leurs pamphlets Jacques Bainville, Jean-Jacques Servan-Schreiber ou plus récemment Nicolas Baverez.

Mais le débat sur le déclin est aussi le moyen de raviver l’éternel débat entre libéraux et interventionnistes sur le rôle de l’Etat. Le colbertisme et le jacobinisme à la française font de l’Etat centralisateur la clé de voûte du système. Retarde-t-il l’éclosion d’un libéralisme adapté à la mondialisation ou permet-il une protection contre les soubresauts des crises à répétition ?

Enfin, la hantise du déclin français est un mythe unificateur. Ce mythe appuie les discours nationaux et populistes aujourd’hui et expliquent en grande partie la fascination française pour les « hommes providentiels ». Le gaullisme n’a-t-il pas justifié son action dans l’espérance, la renaissance de la France éternelle et l’affirmation de la France dans le monde pour rattraper le retard accumulé par les IIIème, IVème République et Vichy (retard temporel) et ne rien céder face aux voisins dans la guerre froide (retard géopolitique)?  En quoi le déclin devient une arme politique en faveur du renouveau. Les hommes politiques n’en ferait-il pas usage pour maintenir la fascination politique des Français ? A la manière de De Gaulle qui concluait ses Mémoires de guerres par cette prière décliniste : « Vieille France accablée d’histoire, meurtrie de guerres et de révolutions, allant et venant sans relâche de la grandeur au déclin, mais redressée de siècle en siècle, par le génie du renouveau ! ».

Bibliographie : Vive la France quand même, Rapport Anteios 2011, conclusion par Jean Kogej

About Grégoire HALLIEZ

est étudiant à Audencia Nantes après une classe préparatoire économique et commerciale au Lycée du Parc (Lyon).

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