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La France de la fin des années 1940

 

Il ne fait pas peu dire que l’état économique de la France de 1945 est catastrophique. Productions agricoles dévastées, industries à l’arrêt et versements effectués à l’Allemagne durant la Guerre ont considérablement affaibli l’état des finances françaises.

Jean Monnet, l'un des instigateurs de la reconstruction française
Jean Monnet, l’un des instigateurs de la reconstruction française

Le contraste entre les pénuries généralisées sur le territoire et la politique expansionniste lancée en 1944-1945 est assez flagrant. Malgré l’état des finances, la toute jeune IVe République se lance dans un programme budgétaire expansionniste, malgré l’austérité souhaitée par quelques-uns. La France peut également compter sur un programme politique rédigé durant l’Occupation par le Conseil National de la Résistance. C’est donc un plan prêt-à-l’emploi qui est mis en place, notamment via le recours à la planification, beaucoup plus proche dans la forme que dans le fond des plans élaborés en URSS. Sous la tutelle de Jean Monnet, Commissaire Général au Plan, le premier plan quinquennal lancé en 1946 vise naturellement à rebâtir la France et à reconstruire l’appareil de production.

L’immédiat après-guerre a véritablement été mené de main de maitre par l’Etat. La parenthèse libéralo-corporatisto-socialiste en place depuis la crise de 1929 a laissé place à un interventionnisme étatique marqué. Outre la planification, l’Etat agit via de nombreuses nationalisations dans les secteurs clés de l’économie. Beaucoup sont liées au déroulement de la Guerre : certaines, comme celle de Renault, vise à sanctionner les patrons en place pour avoir collaboré avec l’ennemi. D’autres exaucent les souhaits des syndicats qui ont lutté au sein de la Résistance. De grandes banques sont également nationalisées pour mieux soutenir l’effort de reconstruction.

Comme nous l’avons dit plus haut, la France est relativement sortie exsangue de cinq longues années de conflit. Certes, les incitatives étatiques sont orientées vers la reconstruction. Mais les tous premiers mois du plan quinquennal confirment les faiblesses patentes des finances. A ce titre, le Plan Marshall décidé en 1947 agit comme un bol d’air pour les gouvernants chargés de la reconstruction. Certes, les contreparties françaises sont importantes et marquent des décennies d’atlantisme poussé. Néanmoins, dès les accords Blum-Byrnes de 1946, l’appui américain permet à la France d’acheter à peu de frais le matériel que ses propres usines ne peuvent fabriquer, soit par manque de modernisation, sans par manque de matériel tout court.

On peut considérer que le bilan est positif, puisque la France retrouve rapidement son PIB d’avant-guerre. La reconstruction des infrastructures a été rapide et efficace, tout comme l’affirmation de la politique énergétique basée sur le charbon. Le secteur automobile est également en bonne forme. Néanmoins, ces premières années post-guerre ont été trop axées sur l’industrie au détriment de l’agriculture, rallongeant donc la durée des pénuries et rationnements jusqu’à la fin de la décennie 1940. La France semble prête à s’engager dans la décennie 1950, faites de poussées démographiques sans précédent et de tourments politiques internes inquiétants.

About Alexandre LIEBERMANN

Diplômé d'HEC Paris en 2014, actuellement économiste au sein d'un grand groupe pétrolier mondial. Coprésident de l'Association Les Yeux du Monde

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