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L’Afrique : son intégration à la mondialisation, ses retards

 
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On a coutume de définir l’Afrique comme le « continent en retard », et ce depuis R. Dumont et son ouvrage L’Afrique noire est mal partie. Néanmoins, est-ce un raccourci simpliste, ou une réalité ?

Autant, du temps de Dumont, l’Afrique entière paraissait en difficulté, autant aujourd’hui, semble-t-il, certains pays ont réussi à réduire leur retard. Les facteurs de retard, néanmoins, sont actuellement multiples. Du simple facteur climatique (entre sécheresse désertique et pluies torrentielles en région équatoriale) au facteur politique, l’Afrique souffre bien plus que les autres continents. Au point même qu’on en est venu à créer l’expression de « diagonale des conflits », forgée au cours des années 1990. Celle-ci touche principalement l’Afrique subsaharienne, regorgeant par ailleurs de richesses minières énormes. Les deux faits sont d’ailleurs souvent interdépendants (par exemple les fameux diamants de conflit). Et durant les années 2000, de nombreuses guerres civiles ont pu éclater, de durées très variées, en Côte d’Ivoire, au Kenya, mais bien évidemment, au Darfour, région la plus touchée actuellement. Tous ces retards et quelques autres ont obligé la communauté internationale à intervenir, depuis la définition des Pays les Moins Avancés (PMA). On en trouve 33 en Afrique (sur 49 dans le monde).

A côté de cela, nombre d’Etats ont réussi à prospérer (relativement), grâce à leurs ressources, leur extraversion… Si l’on cherche un leader en Afrique, on ne peut trouver que deux candidats potentiels : le Nigeria et l’Afrique du Sud.  Le Nigeria, grâce à son statut de PEP ; l’Afrique du Sud, grâce à ses ressources du sous-sol et sa relative diversification, et dont toute l’Afrique australe  dépend aujourd’hui. Quant aux autres PEP, ils manquent cruellement de répartition des richesses (au Maghreb-Machrek), ou ont longtemps souffert (et souffrent encore) de divers conflits. Leur richesse évolue au gré des aléas des cours du pétrole, et dépend fortement de la spéculation. Leur richesse future pourra provenir d’une diversification mondiale de l’offre et de l’intérêt de puissances notamment émergentes. Et il n’est pas étonnant de remarquer que les grandes villes du continent (que l’on peut qualifier, pour certaines, de métropoles du Sud) se situent dans ces pays essayant de suivre le train de la mondialisation. Outre l’historique Le Caire, Le Cap et Lagos symbolisent la puissance du Nigeria et de l’Afrique du Sud. Mais seule la façade portuaire sud-africaine joue un rôle sur le continent. Les autres pays se cantonnent à des stations balnéaires ou à des ports nationaux sur leurs littoraux.

L’Afrique est donc désunie face à la mondialisation. Il y a donc bien plusieurs Afriques, chacune cherchant à se rapprocher d’une autre « mieux placée ». C’est ainsi un continent où les migrations intracontinentales sont très fortes, qu’elles soient dues à des guerres, ou à l’existence d’un pôle économique régional (Côte d’Ivoire, Afrique du Sud, etc.). Mais la proximité de l’Europe et du Moyen-Orient attise les convoitises, si bien que nombre de ports et autres villes constituent des « portes d’entrée » vers l’Occident, points de départ de traversée de la Méditerranée vers l’Europe, depuis Tanger, la Tunisie ou autres. N’oublions pas les migrations vers les Iles Canaries.  Mais politiquement, la démocratie ne semble pas être un cheval de bataille en Afrique, et l’on peut comprendre que les questions économiques priment. Néanmoins, entre Etats en déliquescence totale (Somalie), ou Etats dirigés par un président omnipotent (Soudan), ou Etats conduits par une dynastie établie de facto et élections manipulées, les dérives antidémocratiques sont légion. Face à cela, c’est du pain béni pour les groupes terroristes, souvent liés à Al Qaida, cherchant à manipuler les intérêts locaux et à faire pression sur les Occidentaux (Al-Qaida au Maghreb Islamique, ou shebabs somaliens). Et comme la maitrise maritime est souvent aussi faible que la maitrise terrestre, la piraterie grandit, notamment au large du Golfe d’Aden, et de la Somalie, mettant en péril les exports d’hydrocarbures provenant du Golfe, ou, plus récemment, au large des Seychelles.  Le salut de l’Afrique pourra provenir dans les années à venir d’une intégration régionale. A ce jour, seuls la SADC  (Communauté de développement de l’Afrique australe), voire le NEPAD (Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique, autour de l’Afrique du Sud, du Nigeria, de l’Egypte, de l’Algérie, le Sénégal) paraissent viables.

About Alexandre LIEBERMANN

Diplômé d'HEC Paris en 2014, actuellement économiste au sein d'un grand groupe pétrolier mondial. Coprésident de l'Association Les Yeux du Monde

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2 comments

  1. Un panorama presque complet sur le continent noir. Vous avez parfaitement raison de dire que le salut de l'Afrique se trouve dans l’intégration régionale. Je dirais que cette horizon n'est pas visible ni à court terme ni à moyen terme. Plusieurs entraves se dressent en fait face à une intégration réussie.Je citerais entre autres la réticence envers les structures supra nationales : La régionalisation est un processus supra étatique. Or l’Afrique est un continent qui est encore au stade où la priorité demeure la construction de l’Etat et non son dépassement.

  2. Bonjour, attention sur la carte Abidjan est placé au Nigéria… C’est en Côte d’Ivoire.
    Bonne journée.
    Manon

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