Syrie : la dernière solution à quatre ans de massacres

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Voilà désormais quatre ans que le curseur médiatique et diplomatique est bloqué sur la même opinion : Bachar Al-Assad, tyran parmi les tyrans, est le seul responsable d’une tragédie qui a fait plus de 200 000 morts et causé plus de 200 milliards de dollars de dégâts. Ce constat, même s’il possède sa part de vérité, est très loin de concourir à la fin d’un conflit destructeur.

Alep, ou plutôt ce qu'il en reste, après quatre ans de déni géopolitique
Alep, ou plutôt ce qu’il en reste, après quatre ans de déni géopolitique

Il est triste de voir à quel point beaucoup pensent qu’il s’agit du même conflit depuis le début de la guerre civile il y a maintenant quatre ans. D’une simple révolte paysanne cantonnée à quelques régions du pays, nous en sommes arrivés, au bout de quelques mois, à un emploi massif de la force par le rais syrien contre des poches de résistance qualifiées à l’époque de pacifiques voire démocratiques. Néanmoins, avec la porosité des frontières syriennes et l’opportunité unique qu’un tel chaos a créée pour de mouvements islamistes, la situation est aujourd’hui pleinement indescriptible. Dire, ainsi, que Bachar al-Assad a généré l’Etat Islamique, c’est faire preuve d’une méconnaissance totale de la situation syrienne depuis 2011.

Beaucoup, qu’ils soient politique ou médias, ont eu faux sur deux points majeurs. Le premier est de penser qu’il s’agissait d’un conflit national. En choisissant d’armer des rebelles souvent non identifiés, les chancelleries occidentales et moyen-orientales ont pensé que comme en Libye, cela aurait suffi à mettre un terme à cinquante ans de baathisme. Or, par un manque cruel de connaissance du terrain et de la situation actuellement en place, cela n’a fait que renforcer al-Assad dans sa rhétorique guerrière : celle du un contre tous, lui permettant ainsi de venir à bout d’une opposition « pacifique » beaucoup trop réduite.

La seconde erreur est de croire que désormais, résoudre le chaos syrien peut se faire sans al-Assad. Penser, une seule seconde, qu’un tel magma de violence peut se suspendre sans inclure celui qui reste maître de plus de la moitié de son territoire (et des villes principales), c’est un non-sens total. Car il faut dire les choses : pour l’Occident, il y a bien pire comme menace que Bachar al-Assad. Il y a tous ces mouvements islamistes, toujours plus attractifs y compris en Occident, qui n’ont qu’une hâte : qu’aucune solution politique ne soit trouvée afin de faire perdurer le chaos.

Qui peut croire naïvement qu’Al-Assad est vraiment hors-jeu ?

La première erreur appartient désormais au passé, il est trop tard pour revenir dessus. Cependant, la seconde est, elle, pleinement corrigible. Il suffit d’un minimum de bon sens géopolitique pour comprendre qu’il faut parfois mettre ses valeurs (si peu respectées dans d’autres endroits de la planète par ces mêmes Occidentaux) pour éviter le pire. Le pire, c’est de mettre al-Assad et l’Etat islamique dans le même sac. Le pire, c’est le désintéressement croissant de certaines grandes puissances mondiales néanmoins réalistes : Etats-Unis, Chine, Royaume-Uni ont froidement compris qu’il n’y avait plus grand-chose à espérer en Syrie. Les Etats-Unis, pourtant peu avant-gardistes en matière de réalisme diplomatique ces dernières années, viennent d’affirmer par la voix de J. Kerry que l’on doit dialoguer avec Al-Assad. Il n’y a que quelques chancelleries occidentales en mal de reconnaissance internationale pour encore donner des leçons à un rais en réalité dépassé par la situation. Car cette guerre a malheureusement été confisquée par Occident et monarchies du Golfe avides de défendre leurs propres intérêts. Ces deux acteurs pourraient bien parvenir à ce qu’ils rêvent secrètement : l’exil ou la mort d’Al-Assad, remplacé par un califat islamique ?

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