Le développement du MERCOSUR est-il toujours un objectif pour ses pays membres? - Les Yeux du Monde

Le développement du MERCOSUR est-il toujours un objectif pour ses pays membres?

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« Pauvre Mexique, si loin de Dieu, si près des États-Unis » disait l’ancien président du Mexique Porfirio Diaz (1876-1911), décrivant le contraste saisissant de ce continent où le géant nord-américain exerce une emprise économique, culturelle, politique, militaire sur tous ses voisins. Pour rétablir des rapports de force plus équilibrés, de nombreuses dynamiques d’intégrations multiscalaires ont vu le jour, comme le MERCOSUR, créé en 1991, dont la devise « Notre Nord est le Sud » révèle l’objectif.

Les présidents des pays membres, lors du 54ème sommet du MERCOSUR le 17 juillet 2019 à Santa Fe (Argentine)

Quels objectifs et quelles réussites? 

A travers la signature du traité d’Asunción (1991), les 4 pays fondateurs (Argentine, Brésil, Paraguay, Uruguay) ont souhaité renforcer leur intégration régionale, en favorisant la libre circulation des biens, des services, des personnes. Les pays historiques ont ensuite signé des accords bilatéraux pour abaisser les tarifs douaniers de la région : la Bolivie et le Chili en 1996, la Colombie et l’Équateur en 2004, ainsi que le Pérou, le Suriname et le Venezuela deviennent membres associés. Cette initiative ambitieuse a un double objectif : soutenir le développement des pays membres tout en réduisant leur dépendance aux États-Unis, et ouvrir un marché intérieur renforcé et élargi aux investissements directs étrangers.

Au fil des années, cette association régionale commerciale est devenue la 3ème mondiale par sa taille et ses volumes d’échanges (derrière l’UE et l’ALENA). Elle présente incontestablement des réussites dans différents domaines. Le MERCOSUR a par exemple permis la formation d’un marché intérieur dynamique de plus de 300 millions d’habitants, et représente près de 82% du PIB total de l’Amérique du Sud. Le commerce entre les pays du MERCOSUR a d’ailleurs été multiplié par 11 depuis 1991, alors que le commerce mondial a été multiplié par 5. Fort de cette intégration régionale, le MERCOSUR a pu s’ouvrir vers l’international, et des accords avec des tiers ont été signés : avec l’Inde en 2004, avec Israël en 2007, avec l’Union Européenne en 2019 avant que cet accord ne soit retardé.

Une association aux fragilités multiples : quels défis et enjeux? 

Néanmoins, l’association souffre de fragilités internes, notamment à cause de la domination protéiforme du Brésil (ou de l’axe Brasilia-Buenos Aires), ou de la logique de re-primarisation des économies nationales, accélérée par les accords commerciaux avec la Chine. Cela empêche l’approfondissement des relations, les économies des différents pays membres étant assez peu complémentaires.

Il est nécessaire de rappeler que le MERCOSUR repose sur une logique confédérale, où les États membres disposent d’une grande marge de manœuvre et où aucune instance supranationale coercitive ne peut faciliter l’intégration. Ainsi, dans un contexte de retour des égoïsmes nationaux, c’est un bloc de plus en plus divisé qui essaie de maintenir ses relations économiques. Les tensions surviennent notamment entre le président d’extrême droite Jair Bolsonaro (Brésil), chantre du libéralisme et le président de centre-gauche Alberto Fernandez (Argentine), adepte du protectionnisme. D’ailleurs, ces différents changements de régimes rendent difficile la stabilisation d’une union douanière, et la pluralité des discours partisans menace la coopération sociale et culturelle souhaitée dans le traité initial. Ces contrastes multiples à l’échelle du sous-continent empêchent aussi un élargissement de l’association.

De plus, les liens entre les membres se délitent, comme en témoigne la suspension pour une durée indéterminée du Venezuela en août 2017. Et du fait de la myriade d’associations commerciales en Amérique, certains membres se posent des questions quant à l’avenir du MERCOSUR. Notamment face à des modèles concurrents plus dynamiques comme l’Alliance du Pacifique.

Le développement du MERCOSUR ne parait donc plus être une priorité pour les États membres, qui privilégient désormais des stratégies individuelles de croissance. Cela se fait au détriment d’une intégration régionale forte, avec des États développés cherchant à faire cavalier seul, et des États en développement cherchant d’autres alternatives.

Ainsi travaillé par ces tensions et contrastes internes, l’unité semble faire défaut au MERCOSUR. L’association devra se ré-inventer structurellement, politiquement, économiquement, socialement et culturellement pour ne pas devenir une « coquille vide », aux côtés de nombreuses autres tentatives d’intégration sud-américaine passées.

 

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