Equateur : la rupture politique de Lenin Moreno - Les Yeux du Monde

Equateur : la rupture politique de Lenin Moreno

En expulsant Julian Assange de l’ambassade équatorienne à Londres, le Président de la République de l’Équateur Lenin Moreno a rompu avec la politique extérieure de son prédécesseur, Rafael Correa. Ce n’est pas là l’unique contre-pied fait à la politique de l’ancien président équatorien. 

Équateur : la rupture politique de Lenin Moreno.
Lenin Moreno lors de son allocution annuelle au peuple équatorien en 2018.

La fin de l’omnipotence de Rafael Correa en Equateur 

Le 2 avril 2017, Lenin Moreno a été élu comme nouveau président de la République d’Équateur. Son élection intervient après une décennie où Rafael Correa a gouverné le pays, orientant sa politique vers un socialisme assumé. Au niveau régional, Correa était un des référents de la gauche latino-américaine au côté du Venezuela et de la Bolivie. Leur association ira jusqu’à l’intégration de l’Équateur, en 2009, à l’Alliance Bolivarienne pour les peuples de notre Amérique (ALBA). De plus, Rafael Correa mettait en avant son détachement vis-à-vis des États-Unis en rejetant notamment certaines institutions occidentales comme le Fonds Monétaire International (FMI).

L’élection du président Lenin Moreno est apparue au premier abord comme la continuité de la politique de Rafael Correa. Moreno appartient ainsi au parti « Alianza Pais » et fut le vice-président de Correa. Une rupture politique totale semble pourtant à l’épreuve en Équateur. Le président Moreno tend en effet vers une idéologie plus libérale et, ce faisant, cherche l’appui des États-Unis.

Lenin Moreno se distance de son prédécesseur en se rapprochant des instances financières internationales comme le Fonds Monétaire International (FMI). En février 2019, l’Équateur a obtenu un prêt de 10 milliards de dollars via le FMI et la banque mondiale. À l’inverse, Correa avait tenu ses distances avec le FMI en comparant un accord avec l’instance comme un « garrotazo », un coup de gourdin sur le peuple équatorien. L’obtention de ce prêt pour financer le projet « Plan Toda una Vida » du gouvernement intervient après une série de décisions diplomatiques équatoriennes allant dans le sens des États-Unis comme l’expulsion de l’ambassadrice vénézuélienne après un désaccord sur le nombre de migrants qui arrivaient en Équateur. Par la suite, Lenin Moreno a reconnu Juan Guaidó comme le président du Venezuela, accentuant la rupture avec la stratégie de Rafael Correa.

La rupture totale de Lenin Moreno avec les éléments symboliques de la politique extérieure de Rafael Correa

Le cas de Julian Assange, qui résidait à l’ambassade équatorienne de Londres, est particulièrement représentatif. Fin 2018, les États-Unis ont pressé Lenin Moreno d’interdire toutes communications d’Assange avec le monde extérieur. Début avril 2019, l’Équateur a expulsé Julian Assange de l’ambassade, lui retirant sa nationalité équatorienne attribuée sous la présidence de Correa. Enfin, Lenin Moreno rompit avec le dernier symbole de la présidence Correa en se retirant de l’UNASUR. L’une organisation régionale a pour objectif de renforcer les liens entre les pays sud-américains afin de trouver un certain poids au niveau international. L’UNASUR a surtout été créée par les gouvernements socialistes pour s’émanciper de l’influence états-unienne.

Ces brefs exemples interrogent sur les raisons du revirement politique du gouvernement équatorien. On peut avancer quelques pistes comme le fait que les régimes politiques sud-américains sont avant tout présidentiels. Lenin Moreno veut ainsi imposer sa méthode et se détacher de la figure tutélaire de Correa. Nous pouvions déjà le pressentir lors de son discours d’intronisation à la présidence en 2017. Il est également envisageable de penser que le président équatorien veut intégrer plus franchement sa nation dans le réseau international en s’affranchissant de l’étiquette du pays allié du Venezuela. Ceci pourrait expliquer le démantèlement des stratégies diplomatiques de son prédécesseur, Rafael Correa.

About Quentin CREURER

Etudiant en sciences politiques dans le cadre d'un master dédié à l'Amérique Latine à l'Université Complutense de Madrid. Auparavant, j'ai étudié au Canada et à Lyon où j'ai obtenu une licence en Développement du Territoire Rural.

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