Philippines : recul de l'EI à Marawi - Les Yeux du Monde

Philippines : recul de l’EI à Marawi

En mai, une centaine de terroristes se revendiquant de l’Etat islamique (EI), s’étaient emparés de la ville de Marawi (île de Mindanao, Philippines). Les combats auront duré 5 mois, alors que le ministre philippin de la Défense, Delfin Lorenzana assurait que l’affaire serait réglée en 48h. Du 23 mai au 23 octobre 2017, l’EI s’est battu pour établir un « wilayah » – une province autonome –  aux Philippines, et avoir un pied en Asie du Sud-Est. Cette tentative a échoué, mais il ne faut pas crier victoire trop vite.        

La libération de Marawi est évidemment une victoire pour Manille. L’EI est affaibli, mais pour combien de temps ?

L’armée philippine aura mis 5 mois à chasser l’EI de Marawi.

Quelques jours avant l’arrêt total des combats, le 17 octobre, le Président philippin Rodrigo Duterte s’était empressé d’annoncer que Marawi était « libérée de l’influence terroriste ».  Il est vrai que l’EI sort affaibli de cet affrontement. Les autorités ont déclaré que 920 combattants de l’organisation terroriste avaient été tués. Parmi eux, il y a notamment Isnilon Hapilon (« émir » de l’EI en Asie du Sud-Est) ou encore les frères Maute, qui étaient à la tête du groupe Maute – aussi connu sous le nom d’EI de Lanao, une des branches de l’EI aux Philippines. C’est un véritable coup dur pour l’organisation. De plus, l’EI avait beaucoup investi financièrement pour maintenir le siège de Marawi. Il est estimé que plus de 1,5 millions de dollars américains ont été transférés à la branche philippine de l’organisation. Alors que ses sources de financement deviennent de plus en plus rares, c’est une somme considérable.

Néanmoins, les leaders sont toujours remplacés rapidement au sein de l’EI, qui ne manque pas de membres dans la région. Ils parviennent aussi toujours à trouver des donateurs, tel le malaisien Mahmud Amad, figure d’Abou Sayyaf, qui a contribué – financièrement – au siège de Marawi.

Manille pourrait profiter de cette période d’accalmie pour engager des réformes qui affaibliraient l’emprise de l’EI sur la population musulmane.

L’île de Mindanao reste une zone sensible. Elle a toujours été un refuge pour les groupes terroristes de la région, tels Abu Sayyaf, ou encore le Front Moro de libération islamique (FMLI). Afin d’empêcher une résurgence de l’EI, de nombreuses mesures sont nécessaires.

Tout d’abord, il faudrait renforcer la sécurité de l’île. C’est pour cette raison que l’armée australienne a annoncé être prête à former l’armée philippine au combat asymétrique en milieu urbain.

Ensuite, Manille doit encourager le développement économique de Mindanao. Le pays connaît certes une croissance forte depuis plusieurs années (+6,8% en 2016), mais celle-ci est inégale. Les ressources naturelles de l’île méridionale ne sont pas exploitées. Les autorités devraient miser sur ce potentiel, et assurer une meilleure redistribution des richesses.

L’île du sud des Philippines (Mindanao) est plus pauvre que le nord de l’archipel. (Cliquez pour voir en plus grand)

Pour ce faire, il faut évidemment stabiliser la situation politique. Cela pourrait être possible si le gouvernement de Manille répondait aux revendications de la communauté musulmane locale. Dans un pays à majorité catholique (84% de la population), celle-ci se sent marginalisée. Elle demande plus d’autonomie, et ce depuis 1969, quand l’insurrection moro a débuté. Ses requêtes n’ont pas abouties. En 2014, un accord avait été trouvé avec le FMLI, pour créer une région autonome. Le texte est toujours examiné par le Congrès, et la région de Bangsamoro est encore loin d’être autonome.

En somme, si Manille mise sur l’autonomie politique et le développement économique, il est possible que le discours de l’EI touche moins la population musulmane locale. La tâche ne s’annonce pas facile, étant donné que le sud des Philippines est un terrain historique de revendication islamiste.

Le cas particulier des Philippines inquiète l’ensemble l’Asie du Sud-Est qui est désormais dans le viseur de l’EI, du fait de son recul au Moyen-Orient.

Au-delà des Philippines, l’EI est aussi une menace pour l’Asie du Sud-Est. La prise de Marawi a été une véritable prise de conscience pour les États de la région. Le sujet a donc été longuement discuté lors de la 11ème réunion des ministres de la Défense de l’ASEAN (ADMM-11). Hasard du calendrier, celui-ci se tenait aux Philippines le 23 octobre, jour de la libération de Marawi. Les États prévoient de collaborer pour lutter contre le terrorisme. La solidarité sera en effet de mise pour maintenir la sécurité de la région. La Chine et la Russie ont déjà assuré qu’elles seraient prêtes à soutenir l’ASEAN pour lutter contre la pénétration et le développement du terrorisme dans les pays d’Asie-Pacifique. On peut y lire l’ambition des deux puissances d’agrandir leurs zones d’influence respectives. Cependant, au-delà des ambitions nationales, il sera nécessaire de prendre des actes concrets, et de ne pas en rester aux déclarations pour empêcher un nouveau siège, tel celui de Marawi.

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