Le projet de défense européenne : ambitions et premières réalisations - Les Yeux du Monde

Le projet de défense européenne : ambitions et premières réalisations

Vers une Europe de la défense

La Conférence annuelle sur la sécurité, qui vient de s’achever à Munich, a mis à l’honneur les avancées en matière de défense européenne.  

Un défi européen incontournable

Une idée semble faire consensus : d’après l’enquête effectuée par YouGov  75% des sondés (1) étaient favorables à ce que l’UE dispose d’une armée.  En effet, l’Union semble de taille face au terrorisme globalisé, aux cyber-menaces démultipliées et à l’imprévisible et agressif voisin russe. Elle est une meilleure échelle de réponse que le cadre national, d’autant plus que l’engagement dans l’OTAN du président Donald Trump parait se déliter. Le projet d’une défense commune représente donc aujourd’hui une nécessité, mais aussi une véritable opportunité.

Une étude réalisée par les organisateurs de la conférence, conjointement avec l’institut Mckinsey (2), propose ainsi des pistes de réflexions pour des « forces armées européennes du futur, plus européennes, plus connectées et avec plus de capacités ». Elle part du constat selon lequel les armées des différents Etats membres déclinent en qualité comme en quantité. La fin de la Guerre froide a effectivement permis de réduire les postes de défenses. L’équipement est donc réduit et vieillissant. Par conséquent, la construction communautaire de la défense offre à tous une occasion de se moderniser de manière efficace.

L’opportunité d’une révolution

Le rapport propose d’investir dans des postes clefs pour augmenter l’inter-opérabilité et l’inter-connectivité des forces déjà existantes. En plus de la modernisation, une défense européenne requiert une communautarisation des données C4ISR (Communication, « Computerized Command », Intelligence, Surveillance, Reconnaissance), une cyber-défense de l’Union et une harmonisation des systèmes d’armes des pays membres, au nombre de 400 actuellement, soit six fois plus qu’aux Etats Unis. Le coût de ces réalisations fondamentales serait, selon le rapport, couvert par un respect de l’engagement fixé par l’OTAN de  2%  du PIB national consacré à la défense. Toutefois, celui-ci n’est aujourd’hui respecté que par quatre pays européens. Cependant, en suivant le modèle américain de la DARPA, les investissements dans la recherche militaires pourraient s’avérer fortement rentables s’ils débouchent sur une transposition civile des innovations (comme ce fut le cas pour Internet, le GPS..), un des enjeux de l’intégration militaire régionale.

D’autre part, une révolution doit s’opérer dans l’industrie de l’armement. Le marché actuel est particulièrement fragmenté, et régi par les considérations nationales. Ainsi en témoigne la fusion ratée en 2012 entre EADS et BAE Systems, car l’Allemagne eut peur de voir son pouvoir décisionnaire en pâtir.  Pour autant, l’initiative PESCO (Coopération Permanente et Structurée) lancée en novembre 2017, tente de remédier à cette situation. Elle encourage les projets de joint-venture entre Etats membres en les finançant via le Fonds de Défense Européen, et en coordonnant les agendas industriels militaires au regard des besoins de chacun. Par exemple, le drone européen de surveillance MALE, fruit du consortium d’Airbus, Dassault et Leonardo Finmeccanica (Ita.) pourrait être le premier à s’inscrire dans ce cadre.

Cette nouvelle perspective provoque évidement des remous géopolitiques. En effet, les américains redoutent un détournement de moyens destinés à l’OTAN, et craignent également la concurrence exacerbée pour leur industrie de l’armement. Si les ministres française et allemande des forces armées ont rappelé à Munich qu’« opposer l’UE à l’OTAN [était] un faux débat », la défense communautaire devra définir ses rapports avec l’Organisation. Enfin, Theresa May s’est prononcée en faveur d’une coopération sécuritaire privilégiée, à négocier dans le cadre du Brexit.

Ainsi, la construction d’une Europe de la défense illustre l’esprit de l’intégration régionale depuis le Traité de Paris de 1951 : dépasser les exigences nationales, bâtir une culture de coopération européenne,  convaincre par la réussite de ses innovations.

 

 

(1) sondage YouGov réalisé pour le European Defence Report de la Munich Security Conference, page 19.

(2) “More European, More Connected, More Capable: Building the European Armed Forces of the Future”, https://www.securityconference.de/en/discussion/european-defence-report/

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