Rétrospective 2018 : l'Union européenne et le multilatéralisme - Les Yeux du Monde

Rétrospective 2018 : l’Union européenne et le multilatéralisme


Inhérent à toute organisation internationale et institutionnalisé comme politique avec la création de l’ONU, le multilatéralisme est au cœur des fondements de l’Union européenne (UE). Cette méthode consiste pour les Etats à élaborer collectivement les règles régissant leurs relations et à conduire des politiques concertées. Or, elle a été remise en question à plusieurs reprises en 2018, à la fois par des intentions isolationnistes extérieures à l’UE et par des dissensions en interne, tout en ayant rencontré certains succès.

L'Union européenne et le multilatéralisme en 2018
En 2018, l’Union européenne a multiplié les alliances et les négociations avec des Etats tiers en tirant parti du vide laissé par les Etats-Unis.

Le multilatéralisme européen face à Trump

La politique menée par Donald Trump a freiné des actions de coopération internationale menées par l’UE. Mais elle a également été à l’origine d’un approfondissement de négociations aboutissant parfois à la signature d’accords avec certains Etats tiers.

La première partie de l’année a été marquée par le retrait des Etats-Unis de l’accord sur le nucléaire iranien, acté en mai. Ce dernier avait été conclu en juillet 2015 (signé par l’Iran d’un côté, et de l’autre par les Etats-Unis, la Russie, la Chine, la France, le Royaume-Uni, l’Allemagne et l’Union européenne) et son objectif était de limiter le programme nucléaire iranien et de lever les sanctions internationales contre le pays. Pour l’UE, cet accord était un symbole de la réussite de la diplomatie multilatérale et le retrait de la présidence des Etats-Unis en a largement menacé la pérennité. Afin de résoudre cette crise, l’Union européenne a créé une entité pour commercer avec l’Iran permettant d’échapper aux sanctions de Washington. D’autre part, ce sont les relations commerciales transatlantiques qui se sont détériorées courant 2018, notamment à partir du Sommet du G7 qui s’est déroulé les 8 et 9 juin derniers. Les tarifs sur l’acier et l’aluminium ont été augmentés et ont été suivis d’une riposte commerciale de la part des européens sur certains produits américains, comme le bourbon, les jeans et les Harley Davidson. L’Union européenne a alors porté plainte auprès de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) le 1er juin, à la fois contre les Etats-Unis, mais également contre la Chine pour son “transfert injuste des technologies” des entreprises européennes actives en Chine. Le 15 juillet, Trump a décrété que la Russie, l’Union européenne et la Chine étaient des “ennemis” économiques. Finalement, un armistice commercial a été signé à la surprise générale fin juillet mais l’entente commerciale peine toujours à se concrétiser.

Dans ce contexte où les Etats-Unis empruntent un virage isolationniste et multiplient les décisions unilatérales, l’Union européenne développe quant à elle ses alliances. Le 17 juillet, parallèlement aux attaques de Trump, l’UE et le Japon ont signé un accord de libre-échange historique, un des plus importants signés par les européens. Dans le même temps, un second accord a rendu équivalentes leurs règles de protection des données personnelles. Le 21 avril, c’est un accord de principe avec le Mercosur, portant sur la révision d’un traité commercial datant de 1997, qui a été signé. Ce dernier permet à l’UE d’imposer son idée de règlement des différends et donc d’exporter une partie de son modèle. L’Union européenne s’est ainsi targuée d’ajouter les pays du Mercosur (auxquels s’ajoutent Singapour et le Japon) dans “le cercle des défenseurs du multilatéralisme” (Cécilia Malmström, commissaire européenne au commerce), et capitalise ainsi sur le vide laissé par les Etats-Unis. Toutefois, l’arrivée au pouvoir de Jair Bolsonaro, surnommé par certains le “Trump des tropiques”, risque d’avoir un impact sur cette entente.

L’Union européenne, entre multilatéralisme régional et diplomatie de club

En interne, des dissensions entre dirigeants européens ont freiné la capacité des Etats à conduire des politiques concertées, même si la coopération européenne a rencontré certains succès.

En premier lieu, le fossé s’est creusé autour de la question des valeurs en 2018. Après la Pologne en 2017, c’est au tour de la Hongrie d’être sanctionnée par l’article 7 du traité de l’UE, qui n’est à l’origine destiné qu’à être un instrument de menace. Le 12 septembre, le Parlement a ainsi approuvé la suspension des droits de vote de la Hongrie pour non-respect des droits de l’Homme. Le 6 décembre, la Hongrie et la Pologne ont de nouveau témoigné leur désacord à l’égard de certaines valeurs de l’UE en refusant la référence aux LGBTIQ dans un projet de directive traitant de l’égalité des droits. La coopération européenne a, par ailleurs, rencontré de nombreuses difficultés tout au long de l’année, butant particulièrement sur la question migratoire. Les tensions ont fini par se cristalliser autour du Pacte de Marrakech en décembre avec le refus de huit pays européens de sa ratification. Ce dernier avait pourtant une influence européenne.

Le multilatéralisme régional a toutefois connu des réussites. La promulgation du Règlement général sur la protection des données (RGPD) en mai révèle la force normative dont est capable de faire preuve l’Union européenne, en adoptant la plus grande protection au monde en matière de données personnelles. Cette dernière permet, entre autres, de réduire la fragmentation juridique sur le continent. En termes de cybersécurité, l’année a été marquée par la transposition de la directive « sur la sécurité des réseaux et les systèmes d’informations ». Elle est destinée à la création dans chaque Etat membre d’une agence nationale de cybersécurité censée échanger avec les autres entités au sein de l’Union. Cette directive est la première du genre à obliger une coopération paneuropéenne dans ce domaine. L’agenda européen a été aussi guidé par le Brexit et les difficultés rencontrées par Teresa May afin d’obtenir un compromis. Si elle a été critiquée de manière virulente en interne, notamment après l’échec du  plan « Chequers », les vingt-sept ont eux présenté un “front uni” face aux divisions britanniques et ont démontré leur capacité à présenter une position commune, incarnée par le mandat à l’unanimité donné au négociateur en chef de l’UE.

Certes, le multilatéralisme régional a bien fonctionné sur certaines questions, mais 2018 a aussi été l’année de l’approfondissement d’une diplomatie de club (ou minilatéralisme). Elle est incarnée par la Coopération structurée permanente (CSP) qui repose sur le principe d’une Europe à deux vitesses et encourage la collaboration en matière de défense. Ainsi, l’Initiative européenne d’intervention, projet commun a neuf pays membres, complète la CSP sur le plan fonctionnel et est une illustration de ce minilatéralisme. Son objectif principal est de mettre en relation leurs commandements militaires autour d’une structure permanente.

Si l’approche des élections européennes de 2019 a eu une influence notable sur de nombreuses décisions étatiques et communautaires durant l’année, 2019 sera sans doute également marquée par le scrutin qui doit se dérouler en mai. Ce dernier aura lieu de manière quasi simultanée avec le Brexit et dans un contexte de fortes divisions entre les États membres où la poussée des partis eurosceptiques fait craindre une diminution des efforts de concertation au niveau européen.

Sources :

https://www.lemonde.fr/economie/article/2018/04/23/union-europeenne-mexique-accord-sur-un-traite-de-libre-echange_5289358_3234.html?xtmc=union_europeenne&xtcr=55

https://www.lemonde.fr/international/article/2018/12/06/valeurs-de-l-union-europeenne-hongrie-et-pologne-poursuivent-leur-discret-travail-de-sape_5393690_3210.html?xtmc=union_europeenne&xtcr=6

https://www.lemonde.fr/economie/article/2018/05/09/cybersecurite-bruxelles-insiste-pour-que-l-union-se-protege-davantage_5296604_3234.html?xtmc=union_europeenne&xtcr=50

https://www.touteleurope.eu/

Guillaume Devin, Les Etats-Unis et l’avenir du multilatéralisme, 2003

https://www.numerama.com/politique/329191-rgpd-tout-savoir-sur-le-reglement-sur-la-protection-des-donnees-si-vous-etes-un-internaute.html

https://www.cairn.info/load_pdf.php?download=1&ID_ARTICLE=PE_151_0037

About Axelle Jourdain-Derros

Axelle Jourdain-Derros est étudiante à Sciences Po Toulouse. Elle s’intéresse notamment aux problématiques liées aux grandes organisations internationales et aux enjeux de défense. Elle est rédactrice pour les Yeux du Monde depuis décembre 2018.

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