Le Sahara Occidental : atteinte aux droits de l’homme dans ce conflit interminable

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Le dernier rapport de la fondation Kennedy n’a provoqué aucune érubescence sur le visage du gouvernement marocain. En accusant sa majesté Mohammed VI d’avoir instauré un « climat de terreur » dans la partie du Sahara Occidental que son armée occupe, la fondation appelle à la mise en place d’un « système protecteur des droits de l’homme » pour les nomades sahraouis. D’aucuns assurent que l’actualité démontre uniquement les ambitions hégémoniques du Maroc sur la région. La réalité paraît plus complexe.

Dès le VIIème siècle, cette étendue désertique était le centre du grand empire marocain, carrefour des routes Nord/Sud reliant la Méditerranée au fleuve Sénégal. Cinq des huit dynasties marocaines trouvent leur origine dans cette région. A partir de 1884, le vent colonisateur aborde Casablanca : la France investit le Nord et l’Espagne le Sud. Le Maroc obtient l’indépendance en 1956 et souhaite récupérer son ancien territoire, alors occupé par l’Espagne. En 1975, le roi Hassan II, après confirmation par la Cour Internationale de Justice des liens historiques unissant Maroc et Sahara occidental, organise la « Marche verte », marche pacifique de 350 000 civils marocains armés d’un simple Coran à travers le territoire perdu : l’Espagne abandonne son protectorat.

Mais le front Polisario, regroupement des nomades sahraouies, déclare la République arabe sahraouie démocratique indépendante. Paroxystique en 1980 avec la construction du « mur des sables » autour duquel 100 000 soldats marocains entourés de mines et barbelés guettent à la frontière du territoire laissé autonome au front Polisario le moindre mouvement guerrier, la tension s’est ensuite gelée pour, de manière pulsatile, se réanimer régulièrement. Depuis 1991,  un référendum pour l’autodétermination du peuple sahraouie, soutenu par l’Algérie et les USA, doit être organisé mais se trouve sans cesse repoussé.

Ces tensions témoignent de relations complexes entre les Etats. L’Algérie refuse le cauchemar d’un Maroc trop puissant et profite de ses richesses pétrolières pour soutenir financièrement et militairement le front Polisario. Enclavé dans le grand lac méditerranéen, Bouteflika rêve une ouverture atlantique, languit sur le fer et le phosphate de la région pour survivre après l’après-pétrole (95% des revenus algériens). Le Maroc jouit des ressources minérales et halieutiques de ce territoire. Les intérêts commerciaux et les ambitions méditerranéennes de la France lui dictent un soutien à la cause marocaine alors que les USA tentent de concilier les deux parties pour imposer la paix dans leur « Grand Moyen Orient ».

Ce micro-territoire quasi-désertique met en péril un édifice régional en construction : l’UMA est paralysée par ce conflit et le commerce entre Etats maghrébins représente à peine 1.3% de leur commerce extérieur,  taux le plus bas du globe. Les frais militaires colossaux d’entretien des armées sont autant d’investissements économiques irréalisés.

Le Sahara Occidental fait office de gigantesque construction politique hispano-algérienne pour contrecarrer les ambitions marocaines. Largement financés, les nomades sahraouies sont les pions des grandes puissances régionales sur l’échiquier géopolitique magrébin. L’Algérie se fait chantre de l’autodétermination des peuples et justifie l’entretien de son armée au pouvoir. La monarchie marocaine utilise  le programme de l’Istiqlal (refonder le Grand Maroc) pour asseoir son pouvoir. A travers une presse complaisante, les deux coalitions assènent le voisin de tous les défauts pour légitimer leur régime et entretenir un conflit infini. Au grand dam des populations locales.

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