La survie de l’Afghanistan se joue en avril 2014

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Quand l’actuel président afghan, Hamid Karzai, a prêté serment qu’il ne se présenterait pas pour un troisième mandat (conformément à la constitution), un timide espoir a rejailli pour ce pays. Après tout, il n’est peut être pas encore condamné à retomber entre les mains des talibans après le départ des troupes de la Coalition… Tout se jouera lors des prochaines élections présidentielles.

On le sait, l’Afghanistan ne va pas bien. Le pays reste l’un des plus pauvres de la planète (au 120e rang mondiale en PIB PPA/habitant) et l’aide étrangère, comme toujours corrélée au suivi médiatique, est en chute libre. Parallèlement, profitant du retrait de la Coalition et de son inaction de ces dernières années, les talibans progressent.

Une fois les troupes occidentales parties, qui s’opposera à eux ? Ceux qui y ont un intérêt, c’est-à-dire leurs ennemis de toujours (qui n’ont aucune chance de survie en cas de chute de Kaboul) et ceux qui peuvent prétendre au pouvoir via le système démocratique.

Ne nous illusionnons pas, il n’existe pas de vaste mouvement populaire d’opposition aux talibans. Il n’existe même pas véritablement d’idée nationale dans un pays hyper fractionné, où la majorité de la population passe généralement sa vie sans sortir de sa vallée natale. La vaste gabegie des élections de 2009 en témoigne.

Un tableau somme toute peu reluisant… Pourquoi alors parler d’espoir ? Car une union pragmatique entre les différents prétendants au poste de président pourrait faire changer les choses.

Si l’instauration d’une culture démocratique reste de toute façon une vision de (très) long terme, une telle union pourrait au moins permettre de faire barrage au retour des talibans.

Il existe trois forces principales (profondément désunies elles-mêmes) à même de s’unir : les chefs tribaux, l’élite libérale occidentalisée et la classe politique afghane « traditionnelle » (et fortement corrompue) qui détient actuellement le pouvoir au travers de M. Karzai. Trois forces profondément antagonistes… La première a le contrôle des territoires, la deuxième (très influente à l’étranger) permet l’aide internationale et la dernière a la mainmise sur les rouages de l’Etat.

Ces trois forces ne s’uniront jamais derrière un unique leader. Mais elles peuvent de concert faire en sorte que les élections de 2014 se déroulent normalement, sans fraude massive, et donc leur donner une légitimité. Elles peuvent également permettre au futur président de pouvoir jouer son rôle : leur désunion actuelle fait que M. Karzai n’a presque aucun pouvoir hors de Kaboul, et que le soutien occidental n’a eu de cesse de diminuer depuis 2009.

Il faut donc espérer cette coalition pragmatique, désenchantée, presque cynique. Les obstacles sont colossaux, tant les rancœurs et les ambitions personnelles sont grandes, mais cela reste  du domaine du possible, car tous ces acteurs jouent leur survie.

Il faut également espérer que le gouvernement survive jusqu’à cette élection : l’offensive du printemps des talibans est déjà programmée…

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