Baisse des dépenses militaires mondiales : l’arbre qui cache la forêt

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Le Stockholm International Peace Research Institue (SIPRI), think-tank suédois spécialisé dans les questions de défense, a publié aujourd’hui la liste des dépenses militaires mondiales, pays par pays, en 2013. Certes, ces dépenses sont en baisse. Mais la course aux armements engagée par plusieurs grands pays émergents depuis plusieurs années en est la leçon à retenir.

1260 milliards d’euros, voilà le montant total alloué sur Terre aux dépenses militaires. Ce chiffre, qui ne représente certes « que » 1,5% du PIB planétaire, mais dont la croissance est plus forte que celle du PIB mondial, cache certaines tendances. La première puissance militaire mondiale, les Etats-Unis, ont un budget militaire en recul depuis quelques années, mais conservent, et de très loin, leur leadership.

Mais c’est la suite du classement qui s’avère extrêmement parlante. En effet, la Chine, la Russie et l’Arabie Saoudite, leurs trois poursuivants, continuent à s’engager dans une course à l’armement sans que leurs fondamentaux économiques ne soient aussi solides que ceux de bon nombre d’autres pays. Outre son conflit latent avec le Japon, c’est pour servir son dessein géopolitique de grande puissance que la Chine continue d’accroitre ses dépenses militaires. Côté russe, comme l’actualité le démontre, la diplomatie poutinienne s’appuie sur le pouvoir de l’armée pour montrer à la face du monde qu’il faut toujours compter avec la Russie. Il est d’ailleurs notable de remarquer que les dépenses militaires russes, rapportées à son PIB, sont supérieures à celles des Etats-Unis. Un chiffre jamais expérimenté depuis la fin de la Guerre Froide, à l’époque où les deux Grands consacraient plus de 10% (parfois même jusqu’à 20% durant certaines années côté soviétique) à leur budget militaire.

L’influence croissante des pays émergents se mesurera-t-elle aussi à travers leurs dépenses militaires ?

Côté émergent, la hausse des dépenses militaires suit la progression de leur revenu national. Ainsi, l’Arabie Saoudite se permet le luxe de devancer des puissances militaires historiques, telles que le Royaume-Uni ou la France. Comme dans le cas de la Chine, une telle croissance en valeur s’explique par la menace représentée par l’Iran. Il est fort dommage que ce chiffre ne puisse être comparé à celui d’autres puissances de la région, telles que l’Iran, dont l’opacité sur les chiffres reste constante. Il est par ailleurs fort notable de remarquer la croissance soutenue des budgets militaires des pays pétroliers. Ainsi, en Afrique (qui est le continent ayant connu la plus forte croissance), Algérie et Angola dominent le classement régional, sans pour autant le dominer économiquement.

Ainsi, le rattrapage économique en cours des pays émergents sur les pays dits industrialisés se vérifie également sur l’étude des dépenses militaires. Il y a à fort à parier que des pays comme la Chine, l’Inde, le Brésil, la Turquie ou les Emirats Arabes Unis représenteront en force le club des pays émergents dans le top 10 d’ici la fin de la décennie. Il n’en reste pas moins qu’aujourd’hui encore, quinze pays comptent pour 85% des dépenses militaires mondiales, chiffre similaire à celui prévalant au début du siècle. Seuls les noms de certains pays ont changé, mais la tendance reste la même : au royaume de la mondialisation, les inégalités persistent toujours.

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