Gabon : guerre ouverte entre Ping et Bongo

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Alors que la prochaine élection présidentielle gabonaise n’aura lieu qu’en 2016, la compétition a déjà commencé. Depuis quelques mois, la tension augmente entre le président actuel, Ali Bongo, et celui qui fait figure de leader de l’opposition, Jean Ping.

Ces dernières semaines ont fait l’objet d’une escalade verbale entre les deux probables candidats. Jean Ping, dans une récente émission sur France 24, a qualifié le président Bongo d’ « autocrate ». Il expliquait voir dans son entourage une « légion étrangère (…) des personnes apatrides et mafieuses ». Le président Bongo, après des mois de silence, a réagi devant la pression de l’opposition, dans une interview le 17 Août dernier en estimant que Jean Ping n’avait « ni emploi (…) ni projet politique ».

Depuis que Ping a démissionné en trombe du Parti Démocratique Gabonais (PDG) en Février dernier, l’ancien cacique du régime et bras droit d’Omar Bongo, s’est attelé à consolider l’opposition au pouvoir en place. Fin Juillet, il a réuni autour de lui une quinzaine de personnalités politiques, opposants historiques au clan Bongo et anciens responsables du régime, pour la fondation du “Front de l’opposition pour l’alternance démocratique” (Fopa).

La position du clan Bongo est-elle menacée ?

La possibilité d’une candidature de Jean Ping à l’élection présidentielle est désormais prise au sérieux par Ali Bongo Ondimba. Après avoir exhorté les cadres du PDG à être plus actifs dans la défense de la politique de son gouvernement, il a cherché à se réconcilier avec sa sœur Pascaline. Ancienne compagne de Ping, argentière de la famille Bongo, le président l’a récemment nommé Haut-Représentant Personnel du Président de la République Gabonaise. Le président souhaitait que sa sœur réussisse à convaincre Ping de renoncer à ses ambitions politiques, mais sans succès.

La menace est réelle pour le clan Bongo. Jean Ping a une véritable stature internationale (ancien président de l’OPEP, ancien dirigeant de l’Union Africaine) et dispose d’un important carnet d’adresse. S’il arrivait à fédérer l’opposition autour d’une candidature unique, il est possible qu’Ali Bongo ne remporte pas l’élection. En 2009, il avait profité de la division de l’opposition avec deux candidatures pour remporter la présidentielle qui se joue à un tour au Gabon.

Dans le cadre de l’actuelle réforme du secteur pétrolier gabonais, les observateurs notent d’ailleurs un certain acharnement de l’administration gabonaise contre Total, dont Jean Ping est l’un des principaux cadres. Par conséquent, la France surveille de près l’affaire, veillant à ses intérêts économiques, dans un pays clé pour la stratégie française en Afrique : près de 10.000 ressortissants, une base militaire et d’importantes ressources pétrolières. Si une transition politique devait s’opérer, Paris dispose ainsi d’une certaine influence pouvant jouer dans l’élection. Ali Bongo doit donc jouer une partie serrée : réussir à conserver le soutien de la France et fragmenter l’opposition en discréditant Ping. Ce sont les conditions nécessaires pour que la position du clan Bongo, au pouvoir depuis 1967, reste pérenne.

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