Le Burkina Faso au seuil du changement?

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Des manifestants soutenant l’opposition lors du rassemblement du 28 octobre

Mardi 28 octobre, sur appel de l’opposition une manifestation contre le projet de révision de la Constitution du pays a rassemblé plusieurs centaines de milliers de personnes. Cette manifestation est le fruit de plusieurs mois de mobilisation, menée notamment par le principal parti d’opposition l’Union pour le Progrès et le Changement (UPC) et le Mouvement pour le Peuple et le Progrès (MPP) créé en janvier 2014 et rassemblant d’anciens membres du parti au pouvoir le Congrès pour la Démocratie et le Progrès (CDP).  Il est en effet reproché à Blaise Compaoré, au pouvoir depuis 1987 suite à un coup d’Etat mené contre Thomas Sankara, de verrouiller la démocratie et favoriser la mauvaise gouvernance. Si en juillet 2014 le président admettait qu’il « faudra bien partir un jour », l’annonce récente d’une modification de l’article 37 de la Constitution qui sera soumise le 30 octobre à l’Assemblée nationale a achevé de convaincre la population sur ses ambitions concernant les élections de 2015. Cet article rédigé en 2000 limite le nombre de mandats présidentiels à deux quinquennats à compter de cette date. En cas d’adoption du texte par 3/4 des députés, le peuple ne sera pas consulté par voie de référendum comme l’avait laissé entendre le pouvoir. Si les 27 ans de pouvoir de B. Compaoré ont été marqués par des avancées socio-économiques, illustrée par une des plus fortes croissances économiques de la zone UEMOA, le pays demeure pauvre (181ème sur 187 pays pour le classement IDH) du fait de difficultés structurelles (enclavement, vulnérabilité au climat). Ce coup de force institutionnel semble être la goutte de trop et le peuple, ainsi que l’opposition recomposée, exigent désormais le départ de celui qui était jusqu’à présent considéré comme le médiateur et le garant de la stabilité politique de la sous-région.

Médiation à l’extérieur, instabilité à l’intérieur

L’enjeu de cette contestation en effet double. A l’échelle interne la lassitude de la confiscation du pouvoir depuis 1987, qui s’était traduite en 2011 par de nombreuses manifestations, semble avoir atteint un point de non retour. Les avancées institutionnelles et sociales promises à l’issue de  la consultation des forces vives du pays n’ont pas été atteintes et le pouvoir exécutif ne semble préoccuper qu’à assurer son maintien. A l’échelle régionale le président burkinabé était jusqu’à présent le garant de la stabilité fort de médiations réussies au Mali, en Côte d’Ivoire ou encore en Guinée. Soutenu par les Occidentaux qui voyaient dans son action régionale la garantie d’une certaine lucidité politique, Blaise Compaoré semble devenir le nouveau facteur d’instabilité régionale. Les Etats Unis ont en ce sens exprimé leur inquiétude face à la montée de cette contestation interne. Lors du forum Etats-Unis-Afrique d’août 2014 le président Obama avait déjà signalé les risques de ce type de dérives institutionnelles en insistant sur l’importance du changement de pouvoir dans un cadre pacifique et en rappelant qu’aucune performance ne justifierait de coups de force.

Si le projet de loi de modification de la Constitution venait à être adopté,  il s’agirait d’un véritable « coup d’Etat institutionnel », similaire à ce qui a déjà eu lieu au Cameroun, au Togo, au Tchad ou encore en Algérie. Cela ouvrirait la voie à une nouvelle vague de modifications institutionnelles sur le continent dès 2015 dans des pays comme le Rwanda, le Burundi ou encore le Congo-Brazzaville, face à laquelle les organisations régionales (UEMOA, Union Africaine, CEDEAO) paraissent désemparées. A l’inverse, un échec ou une chute du pouvoir pourrait ouvrir la voie à un renouveau institutionnel national voire régional.

 

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