Accord sur le nucléaire iranien : pourquoi le plus dur est passé…jusqu’à juin

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Après un cycle de négociations particulièrement tendues à Lausanne entre les « 5+1 »(les membres permanents du Conseil de Sécurité de l’ONU plus l’Allemagne) et l’Iran, un accord cadre provisoire a pu être élaboré. Il faudra encore trois mois pour arriver à un accord définitif. Or, c’est justement ce laps de temps jusqu’à juin qui risque d’être critique et pas nécessairement du fait des iraniens. Que contient cet accord, et surtout pourquoi les difficultés commencent ?

Les "5+1" et l'Iran à la table des négociations. L'accord de Lausanne n'est qu'une étape qui se terminera en juin.
Les “5+1” et l’Iran à la table des négociations. L’accord de Lausanne n’est qu’une étape qui se terminera en juin.

Après plus d’une dizaine d’année d’affrontements diplomatiques et de négociations, l’accord obtenu est relativement bref et tient en quatre pages. L’Iran s’engage à réduire de deux tiers le nombre de ses centrifugeuses et elles ne pourront être que de première génération. De plus, le stock d’uranium faiblement enrichi va passer de 10 000 kg à 300 kg enrichi à 3.67% maximum pendant quinze ans. Tout surplus sera transféré à l’AIEA. L’Iran a interdiction de construire de nouveaux centres d’enrichissement d’uranium pendant quinze ans et a interdiction d’enrichir de l’uranium dans son centre Fordo enfoui sous la montagne et donc protégé des bombardements. Natanz deviendra l’unique installation d’enrichissement du pays et passera de 17 000 à 5 060 centrifugeuses. Le réacteur à eau lourde sera reconstruit pour produire des radioisotopes médicaux sans pouvoir produire de plutonium à capacité militaire. Il n’y aura pas de construction de nouveau réacteur à eau lourde pendant quinze ans. L’AIEA contrôlera régulièrement tous les sites nucléaires et ses inspecteurs pourront accéder aux mines d’uranium pendant vingt-cinq ans.

Les termes de l’accord sont donc clairs pour le moment mais ils seront encore potentiellement renégociables jusqu’à juin. Or c’est sûrement le dernier point de l’accord qui va poser le plus de problèmes : la levée des sanctions. L’accord prévoit la levée des sanctions européennes et américaines dès que l’AIEA aura confirmé le respect de l’accord par l’Iran. Elles seront rétablies si l’accord est rompu. Ce dernier point sera très difficile à refaire passer auprès de l’ONU puisqu’il suppose que le Conseil de Sécurité vote à nouveau des sanctions sans qu’un véto ne soit prononcé.

Mais la partie la plus ardue vient des Etats-Unis : si le président Obama et de nombreux observateurs se sont félicités de l’accord, les républicains qui tiennent le parlement sont opposés à celui-ci.

John Boehner, président républicain de la Chambre des représentants, avait ainsi court-circuité la Maison Blache pour inviter Benjamin Nétanyahou à s’exprimer devant le Congrès. Le nouvellement réélu premier ministre israélien est vent debout contre l’accord comme une bonne partie de la presse israelienne. Les républicains maintiennent la position dure adoptée par George W. Bush qui qualifiait l’Iran de pays appartenant à « l’axe du mal » et souhaitent torpiller le dernier grand projet d’Obama et l’un des rares qui aura tenu le coup depuis 2009. Ils sont motivés et peuvent aller très loin : ils l’ont déjà montré sur les négociations sur le budget en manquant de pousser le pays à la banqueroute à deux reprises en 2012 et 2013. Les républicains ont bien l’intention de faire passer une loi pour forcer le Congrès à examiner l’accord et à ne lever aucunes sanctions. Obama devra négocier finement s’il ne veut pas que d’ici à juin le premier ennemi de l’accord ne se trouve à Washington.

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