Que reste-il de la gauche dans le monde ? (1/2)

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L'ancien président brésilien Lula, apôtre de la gauche moderne du XXIe siècle, au bilan et au statut depuis critiqués
L’ancien président brésilien Lula, apôtre de la gauche moderne du XXIe siècle, au bilan et au statut depuis critiqués

Près d’une décennie après le début de la crise des subprimes, qui engendra la crise mondiale la plus grave depuis 1945, les partis de gauche s’affaiblissent d’année en année face au monde capitaliste. Son foyer latino-américain commence à s’éteindre, tandis que son foyer européen se métamorphose. Au point d’en affirmer que les partis de gauche sont passés de mode ?

La « gauche » est traditionnellement constituée des socialistes, des radicaux, des communistes et des anarchistes. Ces dernières années, on a eu tendance à affirmer que le « social-libéralisme » ou « socialisme de marché », faisait également partie des partis de gauche. Alors que le monde capitaliste traverse une crise majeure depuis bientôt dix ans, ce n’est pas du socialisme, et au sens plus large de la « gauche » que l’alternative viendra.

Si l’on regarde sur un planisphère les grands foyers du socialisme, on en observe deux principaux : l’Amérique latine, et l’Europe. En Amérique du Sud, que ce soit par un socialisme classique (Brésil, Argentine) ou plus radical (Venezuela, Bolivie), les échecs sont patents, d’un point de vue économique ou social. Le scandale Petrobras nous montre à quel point la corruption n’est pas le seul apanage du capitalisme, puisque même Lula, adulé par la gauche mondiale, se retrouve accusé de corruptions importantes. C’est ainsi que le Parti des Travailleurs brésiliens, qui voulait prendre le relais d’une gauche européenne trop capitaliste, est remis en question suite aux mandats successifs de Lula et de D. Rousseff. Au Venezuela, la chute des prix du pétrole a mis au jour les graves excès économiques du chavisme, puisque l’entreprise nationale PDVSA croule sous les dettes, entraînant une crise majeure dans le pays, marqué par une hyperinflation désastreuse. En Bolivie, Evo Morales, lui aussi adulé par une certaine gauche, se voit de plus en plus contesté, incapable de mettre en œuvre les réformes sociales qu’il avait promises. Enfin, plus au Nord, le bastion historique du socialisme post-URSS, Cuba, a rompu avec le castrisme vieillissant en scellant un rapprochement historique avec les Etats-Unis et l’économie de marché.

Une gauche promise au même sort que sa branche communiste à la fin des années 1980?

En Europe, foyer historique de l’idéologie socialiste, communiste et syndicaliste, le socialisme a muté dans deux voies distinctes. Soit il s’est rallié à l’idéologie libérale dominante (socialisme de marché, partis sociaux-démocrates) comme au Royaume-Uni (troisième voie blairiste du Labour party), en Allemagne (Schröder) et en France, mais en étant vaincu à toutes les élections par la droite et les conservateurs depuis lors. Soit il s’est mué en un socialisme plus prononcé, aux accents anticapitalistes parfois, et surtout en tant que critique d’un libéralisme qui n’a pas marché (Podemos en Espagne, Syriza en Grèce). Il n’en reste pas moins que ces deux socialismes font face aux mêmes résultats négatifs, puisqu’ils sont battus aux élections ou encore trop « jeunes » pour accéder au pouvoir. Même les initiatives les plus radicales, comme Syriza en Grèce, se sont fracassées sur l’autel de l’austérité capitaliste, comme G. Papandréou, ex-Président de l’Internationale socialiste, l’avait mise en œuvre quelques années auparavant.

Voilà donc la gauche mondiale battue par les capitalistes et libéraux, comme le communisme le fut à la fin des années 1980. La gauche échoue à se penser différente de la droite avant les élections tout en appliquant, grosso modo, le même programme que la droite aurait mis en place si elle avait été au pouvoir, sans déranger l’ordre économique. Les seuls vrais « réformistes » sont désormais à compter parmi les radicaux et « extrêmes », autrement ceux qui n’ont pas encore pu accéder au pouvoir, à de très rares exceptions près. Mais nous verrons en quoi cette tendance pourrait être bien être compensée par l’émergence d’une nouvelle gauche moins politique…

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