Que reste-il de la gauche dans le monde ? (2/2)

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Dans la première partie, nous avons montré en quoi les foyers historiques et modernes de la gauche traditionnelle s’effritaient peu à peu, par erreurs idéologiques ou adoption du « social-libéralisme », nouveau pensum d’une gauche inféodée au capitalisme. L’occasion existe tout de même de voir si la gauche mondiale peut se réincarner en autre chose…

La nouvelle gauche sera-t-elle radicale, à l'instar de Podemos ?
La nouvelle gauche sera-t-elle radicale, à l’instar de Podemos ?

Aucun nouveau foyer politique n’a réellement émergé dans la gauche mondiale. Hors monarchies, émirats et autres royaumes, rarement compatibles avec les idéologies de gauche, on constate que les pays émergents sont assez réfractaires aux idées venues de la gauche, les gauches locales n’étant pas assez pro-marché ou refusant d’incarner un pouvoir autoritaire pourtant fortement implanté ici et là (Amérique Centrale, Afrique subsaharienne). Les rares percées de gauche sont donc cantonnées à des pays bien particuliers, où seul le social-libéralisme survit, reléguant communistes, radicaux, anticapitalistes et anarchistes au rang de partis minoritaires.

Que manque-t-il à la gauche ? Cela va plus loin qu’une simple prise de conscience de la victoire du capitalisme, qui a triomphé bien plus par son omnipotence géographique et l’absence d’alternative crédible que par son réel apport économique. En Europe, la question des frontières et de l’immigration, thèmes peu développés dans les idéologies de gauche, a été remise au cœur du débat politique, favorisant les partis de droite et d’extrême droite. Et lorsque la crise de 2008 et ses ramifications ont été mises à jour, les thèses libérales affirmant la trop forte puissance de l’Etat et les excès du néo-keynésianisme ont largement supplanté les critiques venant de la gauche, que ce soit du tout-marché, de la financiarisation de l’économie, de la spéculation, qui pourtant étaient des causes fondamentales du marasme actuel.

Sanders, Podemos, Occupy Wall Street, une gauche encore trop hétéroclite pour réellement peser

Il s’avère extrêmement ironique que la salut de la « gauche » puisse venir des Etats-Unis, où la percée de Bernie Sanders, classé comme socialiste par l’opinion américaine –même s’il s’avère plus proche d’un centre à l’européenne- détonne. Même s’il ne sera probablement pas le candidat démocrate, les thèmes qu’il aura introduits ainsi que son programme pourront faire réfléchir les gauches mondiales. Il a développé ce que la gauche mondiale échoue à faire depuis tant d’années : proposer une critique fondamentale du système tout en suggérant une politique réellement différente.

Par ailleurs, des mouvements non impliqués politiquement, notamment associatifs,  reprennent à leur compte l’idéologie de gauche si facilement abandonnée par bon nombre de partis. Certains de ces mouvements sont devenus des partis avec quelques élus, comme Podemos en Espagne, et aspirent à des ambitions nationales. Ainsi, alors que la gauche sociale-libérale s’est fourvoyée, l’avenir de la gauche n’est-il pas dans sa frange la plus radicale, revendicatrice, résistante, quitte à ce qu’elle soit désorganisée et hors des partis ? Idéologiquement, certainement. Mais, encore trop faible numériquement, elle semble trop peu armée pour combattre l’influence hallucinante des structures déjà en place.

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