Mali : la tentation Wagner

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Le 25 septembre 2021, le Premier ministre malien Choguel Maïga dénonce à la tribune de l’Assemblé générale des Nations unies la décision française de réduire progressivement sa présence militaire au Mali. Il déplore notamment le manque de concertation entre Paris et Bamako et affirme le besoin du Mali de diversifier ses partenaires. L’objectif énoncé est d’assurer la sécurité du pays, faisant implicitement référence à un éventuel accord avec la société militaire privée russe Wagner.

Choguel Maïga
Choguel Maïga est le premier ministre de transition du Mali depuis le putsh de mai 2021.

Le bilan mitigé de la présence française au Mali

L’intervention française au Mali date de 2013 et présente des résultats contrastés. L’opération Serval a permis dans un premier temps de libérer la plupart des zones occupées par les djihadistes. Cependant, les islamistes contrôlent toujours certains territoires et la situation sécuritaire se dégrade depuis 2020. L’opération Serval s’est muée en opération Barkhane en 2014. Le but étant d’élargir la zone d’intervention française au Burkina Faso, à la Mauritanie, au Niger ainsi qu’au Tchad. Cependant, cela ne permet pas pour autant d’éliminer la menace djihadiste dans la région.

L’intervention militaire dans le pays est remise en question par une partie de l’opinion publique en France. En effet, Paris déplore 52 pertes militaires dans la région depuis 2013. De nombreuses voix questionnent l’utilité de l’engagement français et dénoncent un enlisement du conflit. C’est dans ce contexte que la France a décidé de revoir sa stratégie au Mali. Elle prévoit de se concentrer davantage sur des frappes ciblées contre les chefs djihadistes et l’accompagnement de l’armée locale. Emmanuel Macron a annoncé en juin la réduction des effectifs militaires sur place. Ils passeraient de 5 000 hommes actuellement à environ 3 000 à l’horizon 2023.

La France souhaite limiter son engagement au Mali au profit de ses alliés. Cette collaboration se ferait à travers la coalition européenne Takuba ou la MINOSA, l’opération de maintien de la paix des Nations unies dans le pays.

La Russie et le groupe Wagner, alternatives du Mali au retrait français

Afin de pallier la réduction des effectifs français, le Mali se tourne vers un de ses partenaires historiques : la Russie. Choguei Maïga justifie le rapprochement avec Moscou en soulignant le fait que 80 % des soldats maliens ont effectué leur formation en Russie. De plus, cette dernière fournit à Bamako une grande partie de son équipement militaire. Depuis 2014 et les sanctions occidentales prises à son encontre, la Russie tente de diversifier ses alliances et d’accroître ainsi son influence sur le continent africain, notamment à travers la coopération militaire.

Cependant, le Mali ne se contente pas de se rapprocher du Kremlin mais négocie également avec des sociétés privées militaires russes, celle du groupe Wagner en particulier. L’agence de presse Reuters a révélé en septembre que les autorités maliennes étaient proches d’un accord avec cette organisation paramilitaire russe. Des sources en connaissance du dossier affirment que le contrat porterait sur l’envoi d’un millier de soldats russes. En échange, le groupe Wagner aurait accès à trois gisements miniers. Le ministre des Affaires étrangères russe, Serguei Lavrov, a confirmé l’existence de ces négociations. Il a néanmoins précisé que Moscou n’y participait guère.

L’opposition féroce des Occidentaux à la présence de Wagner

La possibilité d’un accord entre le groupe Wagner et Bamako entraine de vives réactions de la part des Occidentaux. Le groupe Wagner est une société opaque qui n’est pas reconnue officiellement par Moscou, la Russie interdisant l’existence des sociétés militaires privées. Cependant, le groupe ne compte que des russophones dans ses rangs. De plus, son dirigeant est Dimitri Outkine, un ancien membre des forces spéciales de renseignement militaire russe. Aussi, le principal mécène de l’organisation est Evgueni Prigojine, un milliardaire russe proche de Poutine.

Les mercenaires de Wagner servent les intérêts russes à l’étranger. Ils sont présents notamment en Ukraine, en Libye, au Venezuela, en Centrafrique ou encore au Soudan. Cette société constitue un moyen pour Moscou d’intervenir de manière discrète dans les pays étrangers en niant toute implication en cas de bavure. Le groupe est également connu pour ses exactions. Il est régulièrement accusé de crimes de guerre et de violation des droits de l’homme par la communauté internationale.

De nombreux pays occidentaux impliqués au Mali ont alerté Bamako qu’une signature avec les mercenaires russes les pousseraient à réexaminer leur présence dans le pays. La France ainsi que douze autres pays européens membres de la coalition Takuba ont notamment menacé Bamako de se retirer complètement du pays en cas d’accord avec le groupe Wagner. Lors de sa visite au Sénégal le 20 novembre, le secrétaire d’État américain Anthony Blinken a également mis en garde le Mali contre tout accord signé avec les paramilitaires russes.

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Yann MARCILLON

est étudiant à l'IRIS SUP' au sein du parcours "Géopolitique et prospective" en double-diplôme à Grenoble École de Management.

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