Quel avenir pour le Sahara occidental ?

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Les Etats-Unis ont reconnu en décembre 2020 la souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental. Un soutien qui remet la question de l’avenir de ce territoire à l’ordre du jour. Dans le même temps, le conflit opposant le Front Polisario au Maroc a repris sur ce territoire.   

Environ 80% du Sahara occidental est contrôlé par le Maroc.

Après presque 30 ans de statu quo, les hostilités ont finalement repris en novembre 2020. Le Maroc s’oppose au Front Polisario. Le terrain de guerre : le Sahara occidental. Cette bande de sable longeant l’Atlantique et faisant frontière au Maroc, la Mauritanie et l’Algérie est revendiquée par Rabat. Le Front Polisario, créé en 1973 pour lutter contre le colonisateur espagnol, défend l’autodétermination du peuple sahraoui.

Le Sahara occidental a toujours été considéré par le Maroc comme faisant parti de son territoire. Une revendication importante pour le royaume chérifien. À tel point qu’il a quitté en 1984 l’Union des pays africains après l’intégration dans celle-ci de la République arabe sahraouie démocratique en 1982. Organisation qu’il rejoindra finalement à nouveau en 2017. 

Le Maroc base ses revendications sur les allégeances entre les tribus sahraouis et le roi marocain avant la colonisation espagnole. Une situation qui irrite notamment son voisin algérien qui soutient le Front Polisario au Sahara occidental. Un conflit a éclaté entre le Front Polisario et le Maroc après le départ des Espagnols en 1975. Belligérance qui a abouti à un cessez-le-feu en 1991.

Dégel du conflit au Sahara occidental

Depuis, la situation était gelée dans l’attente d’un référendum sur l’autodétermination du peuple sahraoui organisé par l’ONU. Mais le conflit est toujours présent dans les esprits, et le référendum n’a pas vu le jour. Les négociations entre le Front Polisario et le Maroc sous l’égide de l’ONU ont même été stoppées en 2019.

L’immobilité de la situation était devenue insoutenable pour le Front Polisario. Ce dernier a organisé en octobre 2020 le blocage de la route reliant le Maroc à la Mauritanie à Guerguerat, ville proche de la frontière Mauritanienne. L’objectif : interpeller la communauté international sur la situation, alors qu’il s’agissait du 45e anniversaire de la « Marche verte ». 350 000 Marocains avaient marché au Sahara occidental pour rattacher au royaume ce qu’il considère comme ses « provinces du Sud ».

Pour contrer ce blocage, des heurts ont éclaté entre le Front Polisario et l’armée marocaine, brisant le cessez-le-feu en vigueur depuis 1991. Le premier secrétaire de la République islamique sahraouie a même menacé le Maroc d’escalade militaire pour protester contre le déploiement de soldats marocains sur le territoire.

Cependant, la reconnaissance de cette région côtière comme territoire marocain par les Etats-Unis (en échange d’une normalisation des relations entre Rabat et Tel-Aviv) rebat les cartes sur ce dossier. L’ONU, quant à elle, apparaît comme une institution faible car incapable d’avoir pu mettre en place le référendum d’autodétermination.

Vers une reconnaissance internationale de la légitimité du Maroc ?

Le projet de reconnaissance des Etats-Unis prévoit l’ouverture d’un consulat américain au Sahara occidental. Un processus lancé le 10 janvier dernier. Qui plus est, les Etats-Unis ont aussi promis une enveloppe de 3 milliards de dollars destinée aux financements privés au Maroc et en Afrique subsaharienne. Une subvention pouvant servir à l’aménagement du territoire au Sahara occidental par le royaume marocain. En effet, il a lancé en 2015 un projet de régionalisation de cette bande désertique. L’ancien secrétaire d’État à la Maison blanche Mike Pompeo avait déclaré que les Etats-Unis soutiendraient les négociations entre le Maroc et le Front Polisario. Un soutien qui ne s’effectuerait que dans le cadre d’une autonomisation de la région sous l’égide du Maroc, projet que le royaume défend. L’administration Biden n’a pas encore exprimé son positionnement sur le dossier. Mais rien n’indique qu’elle sera différente de celle qui l’a précédée.

Une vingtaine de pays reconnaissent déjà la souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental et y ont ouvert des représentations diplomatiques. Les soutiens occidentaux pour le royaume chérifien peuvent être nombreux : le Maroc est un partenaire de choix pour l’Occident en Afrique. Les soutiens pour un Sahara indépendant s’amenuisent. En effet, 79 pays reconnaissaient ce statut en 1990. Ils sont désormais moins d’une trentaine. De plus, le Front Polisario peut difficilement compter sur le soutien de l’Algérie. Ce dernier traverse une période de révolte avec le Hirak.

De plus, l’ONU ne reconnaît pas la République islamique sahraouie. Le ministre français des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian a appelé à retourner au statu quo. Quant à l’Union européenne, elle est restée muette sur la reconnaissance de la souveraineté marocaine sur cette région par les Etats-Unis. Une manière implicite d’exprimer sa vision sur le dossier ?

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Mathieu OBRINGER

Diplomé d'un DUT et d'une Licence professionnelle à l'École de Journalisme de Cannes, Mathieu envisage de poursuivre son cursus dans la recherche en géopolitique. Il est rédacteur des Yeux du Monde depuis décembre 2020.

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