Brésil : chasse à la corruption sur fond de récession

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L’horizon semble s’assombrir de plus en plus pour le Brésil, plus grand pays d’Amérique latine. Tout d’abord, cela fait de longs mois que l’économie est au point mort. Pourtant, depuis 2001, le Brésil était considéré comme une superpuissance émergente, aux côtés notamment des autres BRICS (Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud). La machine semble désormais enrayée, et le pays s’enfonce dans la récession. Il faut ajouter à cela des scandales à répétition de corruption. L’ampleur de ces affaires est d’autant plus grande que les accusés sont à la tête de l’État, notamment Dilma Rousseff, présidente réélue en octobre 2014, pour le Parti des travailleurs (PT).

La Présidente du Brésil Dilma Rousseff pendant une conférence de presse donné le 7 décembre, soit 5 jours après le début de la procédure d'impeachment. (c) Reuters
La Présidente du Brésil Dilma Rousseff pendant une conférence de presse donnée le 7 décembre, durant laquelle elle s’est, une fois de plus, défendue face aux accusations de fraude. (c) Reuters

Le 2 décembre 2015, le Président de la Chambre des Députés, Eduardo Cunha (Parti du mouvement démocratique et brésilien, PMDB), a lancé l’examen de la demande de destitution visant D. Rousseff. Les chefs d’accusation ont été avancés par deux juristes, proches du PT, Miguel Reale et Helio Bicudo. Ils ont avancé le fait que D. Rousseff a maquillé les comptes publics en 2013, c’est-à-dire avant sa réélection. Le but aurait été évidemment de faciliter l’obtention d’un second mandat.

La Présidente du Brésil a réagi très rapidement pour exprimer son indignation. En effet, à l’occasion d’une allocution télévisée elle a déclaré : « Les raisons qui motivent cette demande sont inconsistantes car je n’ai rien fait d’illicite, il n’existe aucun soupçon de détournement d’argent public. ». Malgré cette défense, E. Cunha a justifié sa décision en affirmant que beaucoup de demandes d’impeachment avaient été formulées pendant la présidence de D. Rousseff, et qu’elles ne pouvaient plus être ignorées.

Cependant, E. Cunha a lui-même été rattrapé par une affaire de corruption et de blanchiment d’argent : l’affaire Petrobas, entreprise pétrolière nationale. Le 15 décembre 2015, la Cour suprême brésilienne a lancé une opération policière massive visant de nombreux hommes politiques. Des perquisitions ont alors été menées dans les domiciles de E. Cunha. A présent, il devra répondre au Conseil d’éthique de la Chambre des députés, qui pourra ou non décider de le destituer.

On est ainsi dans une situation classique digne du dicton « l’arroseur arrosé ». E. Cunha a essuyé un revers important. Cela devrait faire le jeu de D. Rousseff en fragilisant la légitimité de la procédure d’impeachment, qui est déjà loin de mobilier l’opinion publique. Les citoyens brésiliens souhaiteraient certainement plutôt que l’attention de leurs responsables soit dédiée totalement aux problèmes économiques et sociaux du pays.

Le Brésil est actuellement en pleine récession, cela signifie que le rythme de la croissance économique a été considérablement ralenti. Le PIB ne cesse de reculer depuis début 2015 (-0,7% au premier trimestre, puis -1,9% au deuxième trimestre). Quant au chômage, il a passé la barre symbolique des 5% pendant l’année 2015 (6,6% de la population active). Les brésiliens ont peur de voir celui-ci exploser, comme ça a été le cas dans d’autres pays occidentaux. Ils attendent donc que D. Rousseff et son gouvernement agissent. Cependant, le focus est actuellement sur les affaires de corruption. Cela risque de marquer le début d’une envie de changement parmi le peuple brésilien.

Ce dernier s’est mobilisé dimanche dernier pour manifester contre le gouvernement, et donc pour supporter la procédure d’impeachment. Toutefois, il y avait moins de personnes dans les rues que lors des manifestations de mars, où plus de 200 000 brésiliens s’étaient emparés des rues de Sao Paulo. On peut facilement comprendre que les citoyens soient désabusés, surtout quand on découvre que si D. Rousseff est suspendue le temps de l’enquête, elle sera remplacée par son vice-président Michel Temer (PDMB), lui aussi inquiété dans une affaire de corruption.

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