Vers la prochaine crise économique mondiale ?

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Ralentissement économique chinois, chute des cours du pétrole, demande mondiale en berne, croissance globale grippée… L’économie mondiale fonctionne au ralenti. Certes, mais ses fondements ont-ils été assainis depuis la dernière crise majeure, déclenchée aux Etats-Unis en 2007 ? Plusieurs facteurs déterminants laissent penser que tous les déséquilibres n’ont pas été corrigés. Au contraire, certaines bulles enflent et leur éclatement menace de déstabiliser un système économique et financier mondial de plus en plus interconnecté.

L'atonie de la croissance chinoise serait-elle le signe de l'imminence d'une nouvelle crise économique mondiale ?
L’atonie de la croissance chinoise serait-elle le signe de l’imminence d’une nouvelle crise économique mondiale ?

Tout d’abord, rappelons-nous que la dernière crise financière a été déclenchée par l’éclatement de la bulle immobilière américaine : c’est la fameuse crise des subprimes, ces prêts exorbitants accordés à des propriétaires non solvables, sur fond de croissance « infinie » des prix de l’immobilier. Or, aujourd’hui le système des subprimes n’a pas été éliminé outre-Atlantique. Les bulles enflent mais cette fois-ci moins dans le secteur de l’immobilier que dans ceux de l’automobile et des cartes de crédit au sein desquels l’endettement atteint les dangereux records de l’avant-crise en 2006-2007.

L’autre bulle américaine qui inquiète les économistes est celle des prêts étudiants. Environ 40 millions d’étudiants américains ont dû emprunter pour payer des frais universitaires en augmentation de plus de 7 % sur la seule année 2014. Résultat : la dette des étudiants états-uniens représente une bulle de plus de 1 160 milliards de dollars au 31 décembre 2014. Si cette bulle était le PIB d’un Etat, elle se classerait en 16ème position devant les PIB de l’Indonésie, des Pays-Bas, de la Turquie ou encore de l’Arabie Saoudite.

Quand la Chine éternue, l’économie mondiale s’enrhume

L’autre source majeure de préoccupation des économistes demeure la Chine. Dans la décennie précédente, la République populaire de Chine constituait la locomotive économique du monde et plus particulièrement des pays émergents et en développement. Rappelons-nous qu’à la veille de la crise économique mondiale en 2007, l’ex-Empire du Milieu enregistrait une croissance de 14 % ! Aujourd’hui, le moteur économique chinois est enrayé. Les données chinoises officielles font état d’une croissance légèrement sous la barre des 7 % pour 2015. Or, certains analystes occidentaux envisagent une croissance réelle plutôt de l’ordre de 4 % maximum. Ce pays-continent entre dans une transition économique : d’une croissance tirée par les investissements massifs, l’industrialisation, la construction et les exportations, la Chine tente de s’orienter vers un modèle économique propulsé par la consommation intérieure. Ce revirement s’opère avec des à-coups. Par conséquent, ces ajustements font plonger d’autres pays comme la Russie et le Brésil qui ont largement reprimarisé leur économie pour fournir la Chine en matières premières. Or, aujourd’hui les prix des ressources sont bas, entraînés par la chute du prix du baril de pétrole, car la demande chinoise est à l’arrêt.

D’un modèle allemand fondé sur la compétitivité et les exportations, la Chine s’oriente vers un modèle espagnol plus périlleux, fait de surinvestissements (47 % du PIB chinois) et d’une bulle immobilière gonflée par une construction effrénée. Une situation qui rappelle aussi, toute proportion gardée, celle du Japon au début des années 1990. Le pays du soleil levant plongeait alors dans une crise due en partie à l’implosion de sa bulle immobilière. Sauf que depuis novembre 2015 la monnaie chinoise, le yuan, a été intégrée par le FMI dans son panier de devises, l’érigeant ainsi en monnaie pour les échanges internationaux au même titre que le dollar, l’euro, le yen et la livre sterling. Or, cette décision augmente le risque de contagion incontrôlable en cas de crise financière. Le risque est réel, d’autant plus que le yuan a été dévalué deux fois depuis cet été. La tendance baissière des prix du pétrole et la situation de surcapacité industrielle de la Chine peuvent faire craindre le spectre de la déflation. Qu’adviendra-t-il si la Chine ne peut plus s’enrichir ? Le risque d’un soulèvement populaire n’est pas à écarter au sein d’une dictature qui maintient la paix sociale par l’augmentation des salaires (le smic chinois a doublé entre 2009 et 2014, il doit encore doubler d’ici 2018).

Alors que l’Europe souffre du chômage et d’un manque chronique d’investissements, les déséquilibres chinois et américains font craindre l’émergence d’une nouvelle crise planétaire à court terme. Rien n’est certain mais envisager l’ensemble des scénarios possibles semble plus que nécessaire.

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Rémy SABATHIE

Secrétaire général et rédacteur géopolitique pour Les Yeux du Monde, Rémy Sabathié est analyste en stratégie internationale et en cybercriminalité. Il est diplômé de géopolitique, de géoéconomie et d’intelligence stratégique.

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