La Serbie va-t-elle reconnaitre l’indépendance du Kosovo ?

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Sous l’impulsion de la France, un sommet en visioconférence a eu lieu le vendredi 10 juillet entre le Premier Ministre kosovar, les dirigeants serbe, français, allemand et le haut-représentant de l’Union européenne. Le 16 juillet, ces dirigeants se sont réunis à nouveau à Bruxelles pour continuer les négociations. Ces deux sommets avaient pour but d’améliorer les relations entre les deux pays. Le Kosovo a déclaré son indépendance en 2008 mais cette déclaration n’est pas reconnue par la Serbie.

Une décennie de négociations aux effets relatifs…

Le Président de la Serbie Vucic ne reconnait pas
Aleksandar Vucic, Président de la Serbie

Ces négociations ne sont que le prolongement d’un processus débuté il y a plusieurs années. En octobre 2012, des négociations de normalisation ont lieu pour la première fois à Bruxelles. L’année suivante, une entente est conclue entre les deux Etats. La possibilité d’un échange de territoires entre les deux pays est régulièrement évoquée depuis.

Plus récemment, le 1eravril, le gouvernement kosovar a levé les droits de douane qui étaient imposés aux produits serbes depuis 2018.

Malgré toutes ces avancées dans les relations entre le Kosovo et la Serbie, cette dernière n’a toujours pas reconnu l’indépendance du Kosovo.

… sur fond d’intérêts européens 

En se positionnant en médiateurs, la France et l’Allemagne cherchent avant tout à obtenir une victoire diplomatique dans les Balkans. La présence du haut-représentant de l’Union européenne lors de la visioconférence du 10 juillet mais surtout le fait que le deuxième sommet s’est tenu à Bruxelles affichent la dimension européenne de cette médiation. Il est important de rappeler que la Serbie est officiellement candidate à l’entrée dans l’Union européenne depuis 2012. Une adhésion de la Serbie à l’Union européenne permettrait à la France et à l’Allemagne d’élargir le marché pour leurs entreprises. Cela leur permettrait également d’évincer les visées sino-russes dans la région.

Le Kosovo, lui, est reconnu comme candidat potentiel à l’adhésion à l’Union européenne et utilise d’ores et déjà l’euro comme monnaie. L’intégration de la Serbie et du Kosovo à l’Union européenne nécessite préalablement une résolution de la question kosovare.

Cette reconnaissance du Kosovo est, par ailleurs, soutenue par les Etats-Unis. En effet, c’est Washington qui avait fait pression sur Pristina pour lever les taxes imposées aux produits serbes. Une résolution de la question kosovare permettrait au Kosovo de devenir indépendant économiquement et donc aux Etats-Unis de se retirer. Une rencontre entre les dirigeants serbe et kosovar devait d’ailleurs se tenir à Washington le 27 juin. Elle a été finalement annulée en raison de l’accusation par le tribunal de La Haye du président kosovar Hashim Thaçi.

Une conjoncture internationale propice au statu quo

Toutefois, plusieurs facteurs font que, du moins sur le court terme, le statu quo devrait perdurer. Tout d’abord, la Russie et la Chine ne souhaitent pas que le Kosovo soit reconnu comme un Etat indépendant. En effet, les deux pays investissent massivement dans les Balkans et verraient d’un mauvais œil un redécoupage des frontières dans la région ainsi qu’un rapprochement entre la Serbie et l’Union européenne.

Par ailleurs, la situation politique est actuellement tendue en Serbie. Le gouvernement serbe a dû faire face, début juillet, à de fortes manifestations après avoir annoncé l’instauration d’un couvre-feu pour faire face au Covid-19. Une annonce précipitée de la reconnaissance du Kosovo dans ce contexte de tensions ne ferait qu’aggraver la situation politique. Une grande partie de la population serbe a, en effet, vécu les bombardements de la Serbie par l’OTAN en 1999. Celle-ci percevrait la reconnaissance du Kosovo comme une trahison de la part de ses dirigeants. La population serbe est également davantage favorable à une union avec la Russie qu’avec l’Union européenne. Le 25 octobre 2019, la Serbie a d’ailleurs signé un accord de libre-échange avec l’Union économique eurasiatique.

L’accusation du président kosovar Hashim Thaçi représente un frein supplémentaire à la reconnaissance du Kosovo comme Etat.

Au vu des deux sommets qui se sont déroulés le 10 et le 16 juillet, il est peu probable que la Serbie reconnaisse l’indépendance du Kosovo à court terme. En effet, le Kosovo a rejeté toute possibilité d’échange de territoires tandis que la Serbie, elle, a refusé toute concession repoussant à nouveau la réconciliation.

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Alexis STANKEVITCH

Alexis Stankevitch, étudiant à Sciences Po Paris, est passionné par la géopolitique et les Relations Internationales et plus particulièrement par celles qui sont liées à l'Europe de l'Est, la Russie et la Turquie.

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