Karzai en porte-à-faux après l’ouverture du dialogue entre Américains et Taliban

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Traiter avec des ennemis, voire même des terroristes est un fait très rare dans l’histoire des pays occidentaux. Ou du moins, lorsque ces rapports existent, ils sont le plus souvent informels et cantonnés au secret défense. C’est Hamid Karzai qui a officiellement parlé de ces négociations entre les Etats-Unis et les taliban, aujourd’hui, presque dix ans après l’entrée en guerre des premiers contre les derniers. Durant ce même discours, il a également annoncé que son propre gouvernement ne traitait  pas avec les taliban, malgré les doutes avancés par la coalition occidentale.

Est-ce vraiment une surprise ? Pas véritablement. Les Etats-Unis ont compris depuis longtemps que Hamid Karzai ne jouait pas complètement franc-jeu avec eux en ce qui concerne les relations que son gouvernement entretient avec les taliban. Les Américains essaient de masquer la chose en affirmant que ces négociations n’ont jamais existé, mais l’on sait de source sûre que des officiels américains ont déjà parlé avec un ancien lieutenant du Mollah Omar, Tayeb Agha, en mai.

On peut véritablement affirmer que la mort d’Oussama Ben Laden a complètement changé les choses, d’un côté comme de l’autre. Barack Obama souhaite le retrait des troupes américaines le plus rapidement possible, et convenir d’un traité de paix avec les taliban est la meilleure manière qui soit de légitimer ce retrait. L’attitude des taliban est bien plus surprenante. Ils ont toujours refusé de parler avec les Etats-Unis tant que les forces étrangères ne quittaient pas le pays. Voilà la thèse officielle. En fait, rencontrer des officiels américains est le meilleur moyen pour eux d’accéder à une reconnaissance officielle de leur mouvement.

Néanmoins, il ne faut pas malgré tout croire que la paix est retrouvée entre les deux camps. Les taliban sont minés par un certain nombre de contradictions internes, chaque tribu souhaitant adopter une posture différente vis-à-vis de la coalition. Plus particulièrement les taliban pakistanais ne suivent guère les ordres du Mollah Omar.  Quant à eux, les Etats-Unis sont donc sur plusieurs fronts, en dialoguant avec le gouvernement afghan et les taliban d’une part, et avec les gouvernements afghan et pakistanais d’autre part. Voilà de quoi affaiblir le président Karzai, toujours critique vis-à-vis des véritables objectifs des Etats-Unis et n’hésitant pas à aider ses « frères » taliban, comme il les appelle (Karzai et les taliban sont pour la majorité d’origine pachtoune).

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