Le géant des télécoms AT&T dans le collimateur du gouvernement américain : dernière mesure avant la mort du réseau américain ?

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C’est une annonce qui a fait l’effet d’une bombe : le géant américain des télécoms AT&T a annoncé mettre sur la table 39 milliards de dollars pour acheter un autre géant du secteur : T-Mobile, devenant ainsi le premier acteur du secteur en quasi monopole. Cette proposition a aussitôt été bloquée aujourd’hui par le département de la justice américain qui craint une grave atteinte à la concurrence dans le secteur sur fond d’assombrissement des perspectives économiques.

Le monopole effraie aux États-Unis, fortement associé à une perte de qualité et à une montée vertigineuse des prix. Alors quand une telle perspective s’applique à un secteur aussi central aujourd’hui que celui des télécommunications, les passions se déchaînent. L’offre d’AT&T, si elle a été rendue publique dès mars, a aujourd’hui été interprétée comme une déclaration de guerre par les consommateurs américains. Le département de justice précise que T-Mobile, appartenant à Deutsche Telekom, maintient une grande pression sur les trois autres acteurs du marché que sont AT&T, Verizon et le petit Sprint Nextel. Cette concurrence, si elle disparaît, se traduira par une offre plus restreinte, des prix plus élevés et une moindre qualité de service, appuie l’avocat général. Les craintes sont d’autant plus importantes que T-Mobile est un acteur du secteur relativement bon marché, innovant et disposant d’un important réseau haut débit. Les victimes en cas de dégradation du marché se compteraient par dizaines de millions et les marchés ne se sont pas trompés sur les perspectives d’avenir d’AT&T : son action a chuté de 4% et celle de T-Mobile de 5%.

AT&T se défend de toute manœuvre frauduleuse et souligne que son projet n’a pas été remis en question en mars dernier. De plus, les avocats d’AT&T soulignent que c’est à la justice américaine de faire la preuve que son action déstabiliserait le marché et ruinerait la concurrence… une tache difficile. Enfin, AT&T souligne son prochain lancement de la 4G, les nombreuses créations d ’emploi qui suivront et les milliards d’investissement qui seront réalisés. Mais de nombreux juristes et avocats d’associations de consommateurs se lèvent contre ce projet de fusion comme Sprint Nextel, qui en profite : son action a bondi de 6%. L’enjeu est de taille car T-Mobile couvre le tiers du territoire américain et ses concurrents moins importants n’arrivent pas à un tiers de son nombre de connections sans fil.

Et voilà que renaît la crainte du trust à l’américaine…

AT&T, malgré ce qu’il annonce, s’apprête surtout à détruire des emplois doublons qui surgiront inévitablement comme dans toute fusion d’entreprise. De plus, la situation des télécoms aux États-Unis est difficile : tarifs prohibitifs, vitesses moyennes, de plus en plus d’usagers en sont même à revenir au vieux modem 56k pour pouvoir continuer à être connecté. Depuis le Sherman Act de 1904, le gouvernement américain a été ambivalent concernant les « trusts » : ces quasi-monopoles comme la Standard Oil qui ont tantôt été favorisés tantôt détruits (1911 pour la compagnie de Rockefeller). Si l’action de l’Etat aboutit, personne ne le sait mais Washington paraît cette fois déterminé à faire avorter le trust à venir.

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