La « supercommission » américaine sur la dette échoue : quelles conséquences pour les Etats-Unis et le reste du monde ?

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C’est un tour singulier du destin qui a marqué le début de cette semaine : la « supercommission » parlementaire américaine, une commission bi-partisane chargée d’établir un programme d’économie de 1200 milliards de dollars sur 10 ans, a échoué à cause de ses divisions internes. Or Barack Obama, et plus généralement le gouvernement, l’opposition et les observateurs économiques américains, s’accordaient pour critiquer les divisions européennes sur la manière de traiter les déficits. Mais lorsqu’un débat semblable se déroule entre les représentants d’une même nation, partageant la même culture, la même langue et surtout la même économie, aucune solution ne se présente. Le problème, c’est que les marchés mondiaux espéraient une réponse positive pour s’accrocher à un peu de stabilité. Quelles sont les conséquences de cet abandon pour les Etats-Unis et pour le monde ?

15000 milliards de dollars, c’est le montant de la dette américaine cet automne, soit plus de 100% du PIB américain : un seuil symbolique qui n’avait pas échappé à Standard and Poor’s lorsque l’agence de notation avait abaissé la note des Etats-Unis à AA+. Cet épisode avait fait couler beaucoup d’encre l’été dernier et déjà l’agence avait justifié sa décision par le montant de la dette, mais surtout par l’incapacité des parlementaires à s’entendre sur le relèvement du plafond de cette dette : une simple formalité en temps normal qui s’était muée en guerre des tranchées entre des républicains refusant toute hausse d’impôt et des démocrates refusant de sacrifier les aides sociales. La même situation s’est évidemment reproduite ici, témoignant du blocage politique que vit le pays depuis les élections de mi-mandat qui ont fait perdre à Obama sa majorité mais n’a pas donné aux républicains les mains libres pour autant.

Si aucune décision n’est prise rapidement, des coupes de budget automatiques interviendront pour janvier 2013 d’une valeur de 1200 milliards de dollars sur dix ans, pénalisant en majorité l’armée (pour 600 milliards de dollars) mais épargnant les plus pauvres. Rien ne devrait arriver d’autre mais la situation reste inquiétante étant donné la fragilité de la reprise américaine, en partie mise à mal par la crise européenne. Le seul consensus a été de décider la nécessité de réduire la dette de 4000 milliards de dollars sur dix ans, tout un programme quand on perçoit le durcissement actuel de ton entre démocrates et républicains : Barack Obama a publiquement rejeté la responsabilité de l’échec sur les républicains. Or c’est justement l’incapacité à arriver à un accord que les marchés reprochent aux Etats-Unis, quel que soit le contenu de cet accord.

Pour ce qui est du reste du monde, l’instabilité américaine vient s’ajouter à l’instabilité européenne (peut être sur le point de s’achever grâce aux eurobounds) et les marchés ne savent plus où placer. La FED vient d’ailleurs d’annoncer de nouveaux stress tests sur les plus grandes banques américaines. La FED se réserve, comme à chaque fois, le droit d’interdire le versement de dividendes aux actionnaires si elle estime que ce serait un risque pour l’équilibre financier de l’établissement : un exercice technocratique rapide, précis et qui ne prête pas à débattre.

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