Le Pakistan remplace en urgence son ambassadeur aux Etats-Unis : Un nouveau recul du pouvoir civil pakistanais au profit de l’armée ?

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Le Pakistan a limogé hier son ambassadeur aux Etats-Unis, Hussein Haqqani. Considéré comme proche du président pakistanais Ali Zardari, Haqqani était soupçonné de chercher à Washington du soutien pour restreindre le pouvoir quasi absolu de l’armée pakistanaise sur le pays.

Il faut en effet remarquer que si le Pakistan est doté d’un président (Zardari) et d’un premier ministre (Youssouf Raza Gilani) démocratiquement et légalement élus, la réalité du pouvoir est exercée par l’armée et par les services de renseignement (l’ISI, Inter Service Intelligence). Véritable état dans l’état, ces derniers tirent leur puissance d’une immense capacité financière, constituée par la manne américano-saoudienne sur la période 1979-1989 (C’est l’ISI qui était chargée de répartir, à sa discrétion, l’aide contre l’envahisseur soviétique en Afghanistan) d’une part, et le trafic de drogue d’autre part (l’Afghanistan est le lieu de production du pavot, le Pakistan le lieu de transformation). Le véritable chef de l’Etat est Ashfaq Kayani, commandant des forces armées et ancien directeur de l’ISI, à tel point qu’aujourd’hui les autorités américaines traitent directement avec ce dernier. On ne se soucie même plus de préserver les apparences démocratiques.

La remplaçante de M. Haqqani, Sherry Rehman, est la protégée  des généraux, bien que ses relations avec le pouvoir civil soient bonnes.

Ainsi, on peut analyser le départ de M. Haqqani comme un nouvel échec du duo Zardari-Gilani pour reprendre en main la direction du pays.

Purger l’armée et l’ISI n’est pas chose facile : d’autres dirigeants pakistanais, pourtant réputés « à poigne », comme Benazir Bhuto ou Pervez Musharraf s’y sont cassé les dents. La tache est d’autant plus complexe que les Etats Unis ne semblent pas disposés à aider le président, et ce malgré les liens troublants entre l’ISI et les talibans : pour ne citer qu’un exemple, en 1998, lors du bombardement américain de bases d’entrainement de Ben Laden, 5 officiers de l’ISI ont été tué… Sous couvert d’anonymat, certains officiels américains se réjouissent même du départ de M. Haqqani, car « les dossiers avanceront bien plus facilement avec un représentant du pouvoir militaire ». A deux ans du retrait total de ses troupes d’Afghanistan, une évolution politique au Pakistan serait beaucoup trop risquée pour Washington : l’Amérique semble vouloir se contenter de cet allié douteux mais indispensable.

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