ActualitésAmériqueAmériques latines

Argentine: premières manifestations contre Javier Milei

Shares

« La patria no se vende », « La patrie n’est pas à vendre »: voilà le mot d’ordre scandé par les Argentins pour s’opposer aux récentes décisions du président d’extrême droite. Javier Milei, au pouvoir depuis le 10 décembre n’aura pas attendu très longtemps pour prendre des premières mesures radicales. Dérégulation massive de l’économie, privatisations, licenciements et protocole anti-manifestation, pour les Argentins c’est déjà trop.

Manifestation à Rosario le 21 décembre contre les mesures prises par Javier Milei
Manifestation le 21 décembre, à Rosario, contre les mesures prises par Javier Milei.

Les premières mesures ultra-liberales du gouvernement de Javier Milei

Ce 20 décembre à 21h00, Javier Milei a annoncé, entouré de ses ministres, un paquet de décrets abrogeant ou modifiant plus de 300 lois. Parmi elles figurait la loi sur les loyers. Cette dernière permettait de réguler le marché immobilier tout en assurant certains droits pour les locataires. Sa suspension implique un recul des droits des locataires, mais surtout la possibilité pour les propriétaires d’imposer des loyers plus élevés et en dollar. Mais Javier Milei ne s’est pas arrêté là.

Le 12 décembre, le ministre de l’Économie, Luis Caputo, avait déjà annoncé 10 mesures visant à réduire les dépenses publiques. Par exemple : le licenciement des fonctionnaires en poste depuis moins d’un an ou encore la réduction des subventions accordées aux provinces. Javier Milei, ce 20 décembre, poursuit la trajectoire ultra-libérale.  Le président a annoncé la privatisation de l’ensemble des sociétés publiques argentines, telles que : la société pétrolière Yacimientos Petrolíferos Fiscales (YPF) ou la compagnie aérienne nationale Aerolineas Argentinas.

Après les annonces du ministre de l’Économie le 12 décembre, les syndicats ont appelé à une manifestation le 20 décembre. Dans la foulée, Patricia Bullrich, ministre de la Sécurité, a lancé son nouveau protocole de sécurité. Celui-ci rend possible le retrait de toutes les aides sociales pour les personnes qui participeraient à une manifestation. Si les rassemblements du 20 décembre ont été moins important que prévu en raison de la peur qu’engendrait ce protocole, les Argentins sont descendus spontanément dans les rues à la suite des annonces de Javier Milei dans la soirée. Munis de casseroles, l’objectif commun était de faire entendre leur désaccord.

“Los derechos no se tocan”, “Les droits sont intouchables”

C’est dans ce contexte que, le 21 décembre, de nouveaux rassemblements ont été organisés. Même si la peur d’une répression policière est présente, les Argentins se disent décidés à lutter pour leurs droits. Une femme de 30 ans, en essayant de contenir ses larmes, a déclaré : « C’est terrible ce qu’il se passe. Nous sommes ici car nous voulons défendre nos droits, nous n’avons pas d’autre choix. S’il faut venir tous les jours manifester nous viendrons ». Plus loin, un homme à propos du protocole de sécurité : « J’ai 70 ans, j’ai connu la dictature et je peux vous dire que Javier Milei utilise le même outil que les membres de la dictature : la peur ».

Au cours de ces vingt-quatre dernières heures, l’ensemble des manifestations sont restées pacifiques du côté des protestants. Toutefois, une femme membre du service de sécurité d’un des syndicats, nous a affirmé : « Pour le moment, l’objectif est que ces manifestations restent pacifiques. Mais j’ai peur que Javier Milei ne nous écoute pas et qu’il utilise la force pour nous faire taire. Si c’est le cas, je crains que les prochaines manifestations ne soient pas aussi calmes ».

Dans une Argentine où plus de 40 % de la population vit sous le seuil de pauvreté et où l’inflation augmente un peu plus chaque jour, ces nouvelles mesures affecteront largement la vie des travailleurs et non la « caste politique » que Javier Milei entend détruire. Face à la situation, les organisations syndicales ont appelé à une nouvelle manifestation le 27 décembre. Une grève générale est également envisagée.

Shares

Camille Sansberro

Camille Sansberro est diplômée d'un Master 2 en Géopolitique et Prospective à l'IRIS Sup. Résidant en Argentine, elle est spécialiste de l'Amérique Latine.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *