L’arme nucléaire en Corée du Nord : menace, chantage ou fantasme morbide ?

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La découverte hier d’un nouvel essai d’arme nucléaire en Corée du Nord a, une fois de plus, provoqué l’indignation et la colère de la communauté internationale. Alors que le Conseil de Sécurité de l’ONU, réuni en urgence, étudie un nouveau train de sanctions, faisons un point sur la réalité de la menace nord-coréenne.

Tout d’abord, il faut souligner la situation absolument catastrophique dans laquelle se trouve le pays. La République Démocratique de Corée est probablement le pays le plus pauvre du monde (probablement car le pays ne communique aucune statistique fiable). La population ne survit, au sens propre, que grâce aux aides et accords passés avec le « grand-frère » chinois et avec le frère ennemi, la Corée du Sud (qui abreuve son dangereux voisin de vivres).

Et pourtant, fait surréaliste, ce même pays qui ne peut nourrir sa population est capable de se doter de l’arme nucléaire ! Ce paradoxe s’explique en réalité assez facilement : l’ensemble des maigres forces du pays sont tournées vers l’appareil militaire. L’unique statistique fiable dont on dispose est terriblement révélatrice : l’armée compte en son sein près de 10% de la main d’œuvre du pays, un record absolu dans l’Histoire en temps de paix.

Pourquoi un tel appareil militaire ? Le gouvernement coréen est entrainé depuis les années 1950 dans une irréversible fuite en avant. L’armée a été développée à l’époque pour contrer la menace des troupes américaines et sud-coréennes basées à la frontière avec le Sud. Cette menace de conflit Nord-Sud est restée concrète et réelle jusqu’au tournant des années 1980. Le décollage économique du Sud est alors devenu avéré, alors que le Nord (beaucoup plus riche et industrialisé que le Sud après guerre) a stagné.

Le gouvernement nord coréen s’est à ce moment retrouvé « coincé » : l’effort militaire surdimensionné que le pays avait fourni avait provoqué une paupérisation massive de la population. Mettre fin à ce régime de sur-militarisation, soutenu par une propagande et une fanatisation massive, aurait signé l’arrêt de mort du régime et l’explosion sociale : le pays n’était pas assez fort pour faire sa déstalinisation. Pour survivre, les potentats communistes sont forcés de maintenir la pression sur la population…

Partant, un problème se pose : comment nourrir le peuple ? Le régime a opté pour la seule solution en sa possession : le chantage par la terreur.

Depuis 20 ans, la Corée du Nord bat le chaud et le froid, alternant entre signes de bonne volonté faisant miroiter une possible réunification (accords de 1993 sur l’interdiction de l’arme nucléaire dans la péninsule coréenne par exemple) et provocations outrageuses, comme hier. Une stratégie qui, jusqu’ici, a atteint son objectif : la survie de la population et du régime.

Face à cela, que peut faire la communauté internationale ? Pas grand-chose : il est difficile de sanctionner d’avantage le pays car on sait que cela ne fera pas céder le régime. A l’inverse, accéder aux exigences de Pyongyang revient à renforcer un gouvernement criminel.

Quelles perspectives ?

On a pu croire à un accord de réunification, ou plutôt d’absorption du Nord pas le Sud, assortie d’une « amnistie dorée » pour les caciques du Nord. Mais il apparaît aujourd’hui que le Sud n’a plus la volonté de consentir aux immenses sacrifices économiques que cette solution induirait.

Par ailleurs, une guerre semble de moins en moins probable : le Sud n’y a aucun intérêt, et le Nord ne pourrait la gagner.

Finalement, l’hypothèse la plus probable est la moins romanesque : la poursuite, pour quelques années encore, du lent pourrissement de la Corée du Nord…

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