Accalmie de la crise de la dette : l’Europe s’est elle vendue à la Chine ?

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C’est le point fort de l’accord arraché la nuit du 26 au 27 octobre : le passage de la dotation du FESF de 400 à 1000 milliards de dollars avec l’aide des « pays émergents ». Mais cette annonce qui a réjoui les marchés dessine en creux un risque de dépendance de l’Europe à une puissance étrangère, le premier bailleur de fonds des États endettés : la Chine. Or le but de l’Union est justement de renforcer les liens entre ses membres et d’éviter un assujettissement de ses membres à une puissance étrangère. L’Union vient-elle de faire le pas de trop en tentant de sauver ses membres les plus faibles ?

Tout d’abord pouvait-on éviter cette participation, comme l’affirme François Hollande ? Il y avait effectivement une autre alternative, celle d’un financement total du fonds par la BCE, ce à quoi son directeur Jean-Claude Trichet et la chancelière Angela Merkel se sont vigoureusement opposés. En effet, cette option équivaudrait à un renflouement d’un État membre par la BCE, ce qui est formellement interdit par les traités. De plus, selon l’Allemagne, ce type de politique pourrait encourager les pays déficitaire à s’en remettre totalement à la solidarité européenne plutôt qu’à faire des efforts.

Mais quel est l’intérêt de la Chine dans cette affaire ? La Chine possède déjà pour 3200 milliards de dollars dans ses réserves de change et plus de 2200 milliards de dollars de dette américaine. Un investissement en Europe lui permet de ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier en cas de déstabilisation de l’économie mondiale. De plus, son marché intérieur se développant de plus en plus, il lui est d’une grande aide de pouvoir peser sur ses propres fournisseurs que sont l’Europe et les États-Unis pour les produits de milieu et de haut de gamme que commencent à consommer en masse une nouvelle classe moyenne chinoise, tout en s’assurant que les marchés de ces continents lui soient ouvert.

Bien entendu, cette situation avantage la Chine qui pose déjà comme condition un meilleur accès au marché européen et la reconnaissance du statut d’économie de marché que les européens lui refusent depuis plusieurs années. Évidemment, elle souhaite que les pays aidés s’appliquent des politiques d’austérité mais elle reste confiante dans la capacité des européens à traverser la crise actuelle.

Malgré tout, ce que beaucoup voit comme un danger est encore hypothétique.

Le directeur du FESF, Klaus Regling, a passé la journée du 29 octobre à tenter de convaincre Pékin de participer totalement au projet. Car ce n’est pas réellement le FESF mais une nouvelle partie de ce dernier, adossée au FMI, qui devrait recueillir les financements étrangers. La Chine n’a donc pas totalement les coudées franches sur ce terrain. De plus, les craintes de certains d’un rachat de l’Europe par la Chine sont bien tardives : elle s’octroie directement des parties privatisées de pays européens en faillite comme la Grèce (et sa façade portuaire), et ce depuis le début en 2010.

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