Pourquoi le sommet Xi-Obama a-t-il partiellement échoué?

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Ce week-end, Xi Jinping et Barack Obama se sont rencontrés pour un sommet informel entre les deux plus grandes puissances mondiales. Au menu des festivités du nouvel âge sino-américain, un cocktail innovant entre « l’American Dream » et « le rêve chinois » imaginé par le nouveau président chinois. Plein de promesses, ce sommet devait sceller la nouvelle alliance entre les deux monstres complémentaires en pleine évolution depuis la crise.

Entre 2008 et 2009, Washington s’enfonçait dans les abîmes de la dépression économique alors que la Chine affichait des records de croissance et renforçait sa politique impériale. Ainsi, en 2012, la Chine est devenue la première puissance commerciale mondiale et deviendra en 2016 la première puissance économique devant les USA. Néanmoins, le ralentissement des investissements et des échanges commerciaux internationaux ont mis en péril le modèle de croissance chinois et donc la stabilité politique du régime dictatorial. Pour compenser la chute des exportations, Pékin essaie de faire progressivement émerger un immense marché de consommation de masse … qui intéresse au plus haut point les compagnies américaines. La fragilité des modèles américains (en manque de liquidité) et chinois (en manque d’investissements et d’innovation) nourrit le mariage de raison entre les deux géants.

Pourtant, les pierres d’achoppement se multiplient et expliquent l’échec relatif de ce sommet ambitieux (il s’est conclu sur un vague dispositif de coopération environnementale). Du côté américain, aux critiques concernant la sous-évaluation du yuan – ne s’est-il pas apprécié de 12% depuis janvier 2011 – se substitue la dénonciation de l’espionnage industriel chinois, responsable à lui seul d’un gigantesque transfert de richesses estimé à 250 milliards de dollars ! Du côté chinois, les responsables communistes dénoncent le regain d’impérialisme américain dans la région pacifique. Fiers de leur accord transpacifique (TPP), les Etats-Unis sont en train de créer la plus vaste zone de libre-échange mondiale caractérisée par l’exclusion de la Chine et le rapprochement avec le Viêt-Nam, grand concurrent économique de Pékin aujourd’hui. La redéfinition de la stratégie américaine passe par le redéploiement des forces militaires américaines dans le Pacifique pour le contrôle des routes maritimes et des approvisionnements énergétiques. Dans cette optique, à horizon 2020, 60% des capacités militaires américaines flotteront dans la zone Pacifique, ce qui représente une véritable ingérence dans le pré-carré asiatique de Xi Jinping.

Contraintes à s’entendre pour survivre – après tout, l’accumulation de Bons du Trésor américains par la Chine a lié à moyen-terme le destin des deux puissances – et pérenniser leur domination bicéphale sur l’ordre mondial, Pékin et Washington entrent dans une nouvelle phase de coopération avec le départ de Hu Jintao. Le changement de modèle chinois renouvelle toute la stratégie des deux acteurs mais les points chauds demeurent et risquent de rendre caduques de nombreux sommets à venir.

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