L’Allemagne et le relais de la puissance

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De nombreux économistes, notamment de l’école anglo-saxonne, voient aujourd’hui dans l’attitude de la chancelière allemande Angela Merkel une crispation à la limite de l’obsession en ce qui concerne les débats actuels sur l’avenir de l’UE. Or l’Allemagne est aujourd’hui le pays le plus puissant de l’UE, n’en déplaise aux tenants du souverainisme gaulliste. Tentons de mettre en perspective le rapport de l’Etat fédéral avec l’Union Européenne.

Depuis la création de l‘UE, et cette analyse reste valable du moins politiquement et dans les discours des dirigeants allemands jusqu’au début des années 2000, L’Allemagne a toujours soutenu, motivé et justifié l’intégration et l’approfondissement du projet européen. On se place ici du point de vue des dirigeants, car une analyse de l’opinion populaire allemande se révélerait évidemment plus nuancée. La raison est simple : l’union fait la force, surtout pour un pays qui sort de la Seconde Guerre Mondiale, que la Guerre Froide scinde en deux entités antagonistes et quand les vieux démons de la culpabilité et de la honte lui interdisent toute pensée politique nationaliste ou souverainiste. Et puis n’oublions pas la tradition fédérale. Bref, l’Allemagne considère l’UE comme un indispensable rempart contre ses « côtés noirs ».

Penchons-nous plus précisément sur la notion de « puissance ». L’école classique – ou « réaliste » – des relations internationales envisage la puissance comme « la capacité d’un acteur d’imposer sa volonté aux autres » ; c’est la définition qu’en donne Raymond Aron dans Paix et guerre entre les nations. Qu’en est-il aujourd’hui de l’Allemagne ? Valeur refuge des investisseurs internationaux, pays industriel de 80 millions d’habitants parmi les leaders de l’exportation mondiale dans un contexte pourtant hypercompétitif, arbitre des décisions européennes…

Aujourd’hui le constat est simple : l’Allemagne ne considère plus l’Europe avec qui elle a creusé un écart considérable comme un rempart, mais bien comme un relais de sa puissance.

Crispation de la chancelière légitime dans les négociations actuelles, donc. Dans un article publié dans le journal Les Echos le 25 juin dernier, Dominique Moïsi compare la position actuelle de l’Allemagne à celle de la France d’hier vis-à-vis de l’Europe. Seule dans sa catégorie de puissance, l’Allemagne considère désormais l’UE comme « le prolongement d’elle-même par le biais d’un fédéralisme qui lui est si naturel ».

C’est aujourd’hui toute la difficulté face à laquelle se trouve le nouveau Président français François Hollande : contenir le déséquilibre qui se creuse sans pour autant faciliter la formation d’une alliance des « pauvres de l’Europe » dont il se ferait le porte-parole, contre la seule grande puissance économique de la zone euro. Le prochain sommet européen (28 et 29 juin 2012 à Bruxelles) nous donnera plus d’indices sur la volonté allemande d’approfondir le projet européen ou au contraire, de continuer à le freiner en lui imposant sa vision.

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