Le Kremlin utilise la loi pour étouffer les contestations citoyennes

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La Russie a adopté, ce vendredi, une loi désignant les ONG en tant qu’ «agents de l’étranger». Cette loi, qui fait polémique, montre que Vladimir Poutine est bien décidé à accentuer un peu plus sa mainmise sur l’Etat russe.

Cette proposition de loi, votée en première lecture il y a une semaine, a été déposée par le parti au pouvoir “Russie unie”. La chambre basse du Parlement russe (Douma) a adopté ce vendredi le texte de loi controversé qualifiant les ONG d’ « agents de l’étranger ». Russie unie dispose de la majorité absolue au parlement, la Douma, mais le Parti libéral-démocrate (populiste) ainsi que le Parti communiste avaient eux aussi déclaré qu’ils voteraient pour cette proposition ; la raison invoquée étant l’anti impérialisme ou anti ingérence occidentale.

Le Parlement a approuvé la loi malgré l’opposition des activistes, défenseurs des libertés civiques. En Russie, le fait que les mots agents et étrangers soient liés provoque un sentiment péjoratif auquel on associe aisément le mot espion.

De nombreuses personnalités politiques et issues de la société civile ce sont opposées à la loi qui vient d’être entérinée, à l’instar du président de la comission de développement de la société civile et des droit humains, Mijai Fedotov. La loi est considérée par beaucoup comme « offensive » et comme une marque d’hostilité envers les étrangers qui oseraient interférer dans la société russe.  En 2006, le Kremlin avait déjà imposé sa loi aux ONG financées par des fonds étrangers. Plus récemment, début juin 2012, le Parlement avait approuvé une loi qui compliquait la tâche à quiconque voudrait organiser des manifestations ou troubler l’ordre publique.

Les défenseurs des droits humains expliquent qu’il n’est pas aisé d’obtenir des fonds provenant de Russie pour des projets qui présentent souvent des conflits d’intérêt avec les autorités.

Selon Boris Nemstov, vice premier ministre russe dans les années 90, la loi est dirigée vers les organisations telles Amnesty Internationale qui dénoncent les abus de pouvoir effectués par les dirigeants et tentent d’éveiller les consciences citoyennes.

La liberté d’expression se restreint et les journalistes sont particulièrement visés dans ce climat hostile : dorénavant les fonctionnaires peuvent interdire à un journaliste d’exercer sa profession de manière libre. Cette énième loi à caractère répressif montre que le gouvernement n’a que peu apprécié les manifestations anti-Poutine, sans équivalent, lors des dernières élections présidentielles. Chahuté durant cette période, le président actuel a décidé de remettre de l’ordre. L’intérêt des puissances étrangères est mis en avant par le Kremlin pour expliquer les soulèvements de la population. Les dirigeants espèrent ainsi étouffer le vent de contestation qui s’était mis en marche pour, notamment, dénoncer les fraudes électorales aux élections législatives de décembre dernier.

 

 

 

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