La bulle obligataire française, cette crise qui vient

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Nous sentons battre le cœur de l’Europe suspendue à l’avenir de la France. Les sueurs froides s’estompent, l’angoisse s’éloigne, les marchés reprennent confiance. La France. Voilà un pays contre lequel sont alliés tous les analystes économiques, tous les éditorialistes experts-catastrophistes, tous les partis politiques dénonçant ses inepties économiques. Sans compter le peuple souverain inquiet des performances économiques d’un Etat failli. Et pourtant, tout semble aller pour le mieux dans le pire des mondes. Mercredi, la France, à force de danser le limbo, a fondu sous le seuil symbolique des 2%. Jamais l’Etat n’avait emprunté à des taux si bas ! A titre de comparaison, quelques mois après l’arrivée de la gauche au pouvoir en 1981, les taux frôlaient les 17,41%. Alors que les médias prédisent, avant la fin du monde, la fin de l’Hexagone, les voyants verdoient.

Certes, la compétitivité s’érode, le déficit extérieur reste abyssal, la dette menace de s’envoler et la croissance de porcelaine ne résistera pas aux arrivées tonitruantes des éléphants chinois, indiens, russes, vietnamiens, thaïlandais, … Les causes n’ont toutefois aucune conséquence. Car la crainte économique actuelle est de voir la France migrer au Sud, retrouver ses frères d’armes romains, espagnols, portugais, grecs où justement, à cause des mauvaises performances économiques, les taux d’emprunts incompressibles s’envolent. D’où une dette qui explose et une cure d’austérité pour remettre les voyants au vert et rassurer les marchés… pour emprunter moins cher. La France rassure les marchés, elle n’a pas à s’inquiéter à moyen-terme.

Pour favorable qu’elle paraisse de prime abord, la situation française est évidemment plus inquiétante. Sur le crêt, Paris rêve de réaliser un salto. Cancre économique, la France réalise ce numéro d’équilibriste à la faveur de la situation européenne où ses voisins ont voulu courir les mains dans les poches. Dans un environnement incertain où la solvabilité des Etats est incertaine, la France offre une sécurité relative aux investisseurs. Elle bénéficie d’un double mouvement : le MES (Mécanisme européen de stabilité) ne doit investir que dans des dettes solides … sous-entendu la France et l’Allemagne ; la raréfaction des émetteurs souverains bien notés renforce l’engouement pour les actifs de qualité. Ainsi, la solidité financière de la France, récompensant en réalité la liquidité et la profondeur de sa dette, ne tient qu’à une politique monétaire expansionniste et à des investissements étrangers. 50% des acheteurs de dette française proviennent d’Asie ou du Moyen-Orient en 2012.

Cette situation, c’est la crise de demain. Quand la bulle immobilière chinoise fera boom, quand le cours du pétrole s’effondrera du fait de la prolifération du gaz de schiste, quand une guerre au Moyen-Orient ou en Asie éclatera, quand la BCE devra arrêter sa politique expansionniste sous couvert d’inflation, les investissements étrangers se raréfieront … car ils dépendent d’externalités géopolitiques. Rapatriés d’urgence comme à chaque crise, ils pénaliseront les pays où ils sont entrés précédemment… les taux d’intérêt s’envoleront et la France paiera le juste prix de sa dette. En attendant ces lendemains qui déchantent, l’Europe va mieux. Tant mieux.

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