50 après le traité de l’Elysée, le divorce du couple franco-allemand?

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Le cinquantenaire du traité de l’Elysée, célébré avec fracas par les politiques franco-allemands, fait office de vitrine au couple Paris-Berlin. Par-delà le coup médiatico-politique destiné à rassurer les marchés, les réunions montrent que l’Histoire avance : le Rhin s’amincit. Pourtant, l’arrière-boutique recèle de rancœurs obscures et d’échecs cuisants. Derrière la célébration du couple franco-allemand ne décèle-t-on pas la commémoration d’un âge ambitieux ? Les chrysanthèmes succéderont-ils aux roses ? En France, 46% des couples divorcent. Même le couple franco-allemand?

Depuis 1963, les relations franco-allemandes ont rythmé le cœur de l’Europe. Les réussites bilatérales comme EADS, l’Office franco-allemand pour la jeunesse, Arte éclairent une relation miraculeuse bien qu’elle demeure souvent fougueuse. Ces ententes historiques confèrent au binôme un rôle moteur dans l’Union Européenne. Les coopérations, colloques et consultations se multiplient et illustrent la capacité des deux acteurs à surmonter les positions nationales lorsque les deux modèles convergent.

Mais ils ne convergent pas souvent. De nombreux points de frictions ont existé entre Berlin et Paris comme la CED ou le plan Fouchet. Ajoutons-y le traité de l’Elysée vidé de sa substance quelques mois seulement après sa signature par une décision du Bundestag allemand. Ce sont justement ces clivages, encore actuels, qui animent les longs débats houleux entre les capitales : Paris veut l’Europe puissance alors que Berlin voit l’Europe comme un marché intégré. Car Paris est un géant politique à la peine économiquement et Berlin est un géant économique à la peine politiquement. D’où l’échec des grandes ambitions du traité initial de 1963 : pas d’Europe de la défense, pas d’Europe de l’énergie.

Le plan Schröder a profondément creusé un fossé entre Strasbourg et Kehl. Par sa rigueur appliquée en temps de croissance (TVA sociale, économies drastiques, réformes fiscales, …), Schröder a contracté la demande de son pays et favorisé la compétitivité de son économie. En découlent une baisse des importations et une hausse des exportations soit un excédent commercial. De son côté, la mariée française vit se fermer un marché immense de 80 millions de consommateurs et perdit en compétitivité face à son grand voisin. Positionnées sur les mêmes marchés, les entreprises  allemandes ont gagné des parts de marché là où leurs consœurs françaises en perdaient. L’Allemagne et la France sont certes partenaires mais ils sont avant tout concurrents !

Surtout dans une Europe fédérale qui se cherche un leader. A l’heure de l’élargissement de la Manche, chacun aiguise ses armes sur chaque rive du Rhin.  La France rêve d’une UPM indépendante ? L’Allemagne intervient. La France intervient au Mali ? Sans Berlin. L’Allemagne rêve d’une union politique ? Paris braille.

Où sont les grandes ambitions bilatérales ? Un couple sans projet d’envergure peut-il survivre ? Pourtant, comme le politologue Stanley Hoffman l’affirmait, France et Allemagne décrivent « une symétrie dans l’asymétrie ». Leurs différences renforcent leur complémentarité. Et si toutes deux veulent sauver leur modèle à l’heure de la guerre économique, plus que jamais elles doivent s’entendre et se comprendre. En somme, réinventer le couple … sous peine de divorce.

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