Retrospective 2013 : Ukraine : une Révolution orange acte II en 2014 ?

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Si ce n’est pas une révolution, ça y ressemble fortement. Cette fin d’année a été particulièrement éprouvante pour le président ukrainien Viktor  Ianoukovitch. Les milliers de manifestants rassemblés sur la place de l’indépendance doivent lui rappeler cette soirée du 21 novembre 2004 lorsque les ukrainiens étaient déjà descendus sur la place pour protester contre son truquage du second tour des élections présidentielles. Ce mouvement devrait-il déboucher sur une nouvelle révolution en 2014 ?

Soyons clair, il y a peu de chance pour que le mouvement fasse tomber le gouvernement ukrainien en 2014, sauf événement exceptionnel. Les prochaines élections seront des élections locales et se tiendront en 2014 pour désigner les maires  ainsi que leurs administrations. Si des fraudes massives en faveur du parti de Viktor Ianoukovitch sont détectées, cela pourrait relancer la contestation mais les prochaines élections présidentielles n’auront lieu qu’en 2015 et les parlementaires qu’en 2017. Les scrutins majeurs ne sont donc pas à la portée des pro-européens. Et est-ce d’ailleurs un mal ?

Car aujourd’hui l’opposition pro-européenne a encore du mal à se trouver un leader. Si elle est plus structurée et motivée que les manifestants qui se rassemblaient pour la première fois de leur vie en 2004, elle est aussi à la recherche d’un nouveau Viktor Iouchtchenko. Ce dernier, candidat pro-européen en 2004 face à Ianoukovitch et victime d’un empoisonnement durant son période dans l’opposition, avait su fédérer les opposants mais avait eu du mal à transformer l’essai après avoir remporté les élections en décembre 2004.

La nature de la protestation n’est pas non plus la même. En 2004, les manifestants de la révolution orange (la couleur du camp politique de Iouchtchenko), s’étaient battus contre une fraude massive lors de l’élection présidentielle et avaient reçu le soutien de nombreuses organisations dont l’OCDE. Ils étaient nombreux, motivés, légitimes, avaient un leader mais étaient inexpérimentés. Aujourd’hui, alors que la protestation a pour cible la soudaine inclination du gouvernement actuel vers la Russie (qui n’a rien de surprenant car Ianoukovitch est pro-russe), les manifestants sont moins nombreux, toujours aussi motivés, s’expriment sur une question d’ordre économique et géopolitique, sont sans chef précis mais sont expérimentés.

On peut donc aisément voir que la situation est très différente et que les prochains rendez-vous cruciaux de la vie politique ukrainienne n’auront pas lieu avant 2015.

L’objectif pour les opposants et les multiples chefs de courants qui les encadrent est donc de tenir médiatiquement et de capitaliser sur cette image en vue d’arriver en position de force lors des élections de 2015. Mais l’opposition devra pour cela surmonter ses vieux démons : décider de celui ou celle qui dirigera la liste contre le gouvernement et des axes politiques à donner à un mouvement qui reste encore dans la simple expression d’une opposition. L’adhésion aux valeurs de l’Union Européenne devrait donner une base idéologique au mouvement mais la question du leadership a déjà coûté à Ioulia Timochenko son poste et avait fait éclater les pro-européens. Cette fois-ci peut-être que l’expérience guidera les opposants vers une structure plus solide.

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