Ukraine : enfin une lueur d’espoir ?

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Depuis que le Parlement ukrainien a dit non à l’Europe en novembre dernier, un bras de fer s’est engagé entre les partis d’opposition et Victor Yanoukovitch, le président pro-russe. Depuis quelques semaines, ce bras de fer s’est transformé en une bataille rangée sur la place Maidan, bataille qui, ces derniers jours, est le théâtre d’un véritable bain de sang.

Ancien membre de l’Union Soviétique, l’Ukraine a, depuis son accession à l’indépendance, toujours été tiraillée entre ses liens vis-à-vis de Moscou et une tentation européenne. Alors que de nombreux Etats anciennement communistes ont franchi le Rubicon et ont rejoint l’Union Européenne dès que l’opportunité leur a été proposée, l’Ukraine n’a, à ce jour, pas effectué un rapprochement conséquent avec l’Union Européenne. D’un autre côté, Moscou irrigue l’Europe entière de son gaz, et l’Ukraine est particulièrement fragile face à ce genre de pressions, étant donné son climat relativement rude toute une partie de l’année et du fait de sa proximité géographique avec la Russie.

Ces deux tendances se sont exprimées depuis des années dans des mouvements comme la Révolution Orange qui ont secoué l’Ukraine. Aujourd’hui, ces tensions ont évolué en véritable affrontement, avec une couverture médiatique des événements qui rend l’escalade de violence d’autant plus facile que les exactions commises par les deux camps sont diffusées avec une rapidité effarante. Olesya Zhukovskaya est le symbole des atrocités ayant lieu sur la place Maidan et de leur ultra-médiatisation qui attise les événements : ayant (elle-même) tweeté qu’elle allait succomber à une blessure à la gorge assez grave, elle a finalement pu être secourue à temps.

Le chaos de ces derniers jours a finalement débouché sur un accord signé par le président Yanoukovitch et l’opposition sur la tenue d’élections anticipées (la date n’étant pas encore fixée), sur le retour à la constitution de 2004 et la formation d’un gouvernement d’union nationale. Cet accord, conclu grâce à la médiation de diplomates et politiques étrangers ayant servi de médiateurs, est donc une lueur d’espoir pour l’Ukraine qui pourrait stopper net la spirale de violence dans laquelle elle s’était engagée.

Lueur ou Mirage?

Toutefois, même si M. Yanoukovitch a fini par réagir aux pressions de la communauté internationale et aux défections dans son propre camp plus qu’à la révolte populaire, cette trêve risque de n’avoir un effet d’apaisement que temporaire. En effet, si le refus d’un traité de coopération avec l’UE a mis le feu aux poudres, c’est surtout le rejet de M. Yanoukovitch qui a fait descendre les manifestants dans la rue. Et le fait qu’il n’y ait pas encore de date fixée pour l’élection présidentielle signifie qu’il restera au pouvoir pendant une période indéterminée, suffisamment pour que le cycle de violence puisse reprendre. De plus, cet accord ne résout pas les tensions au sein du peuple ukrainien, entre les partisans d’un rapprochement avec Moscou et les tenants de l’UE.

Tant qu’aucun accord international qui engage véritablement le gouvernement ukrainien, quel que soit sa couleur politique, ne sera signé, le risque que la violence éclate à nouveau place Maidan reste élevé. C’est ici que doivent entrer en jeu les diplomates européens. Au lieu d’attendre qu’un nouveau bain de sang éclate avant d’intervenir, ils devraient prendre les devants et de remettre au goût du jour le traité de libre-échange avec l’Ukraine. Cela leur permettrait également d’avoir un moyen de pression sur M. Yanoukovitch s’il venait à retourner sa veste une fois le calme revenu à Kiev.

Mais même sans cela, les diplomates européens ont, depuis novembre, choisi la « méthode douce » avec M.Yanoukovitch préférant ne pas intervenir dans un conflit relatif à une démocratie nationale. Dans la mesure où ce gouvernement n’écoutait pas les revendications de manifestants toujours plus nombreux, il était de leur devoir de forcer Yanoukovitch à les écouter et à infléchir sa politique. Nos révolutions ont donné lieu à des massacres ; servons-nous de notre histoire pour éviter qu’elle se répète en Ukraine.

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