Elections législatives en Moldavie : l’occasion pour la Russie d’étendre encore son influence ?

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La Moldavie. Ce petit Etat de l’Est de l’Europe, situé au Sud-Ouest de l’Ukraine et au Nord-Est de la Roumanie, ne vous est sans doute pas familier. Pourtant, comme son grand voisin ukrainien, il fait face à de nombreuses tensions entre pro-russes et pro-européens. De quoi donner écho au conflit ukrainien actuel, et permettre à la Russie d’étendre son influence, par la voie démocratique, cette fois.

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Carte Idé pour Libération

Dimanche 30 novembre, les quelques trois millions d’électeurs moldaves seront appelés à voter pour élire leur 101 parlementaires pour un mandat de quatre ans. Parmi les 25 partis en lice, deux grandes tendances se distinguent : d’un côté les partis pro-européens, plutôt ceux de droite ; de l’autre, les grands partis de gauche, favorables à la bienveillance russe et à la coopération avec le Kremlin. Le parti des communistes, parti ayant à l’heure actuelle le plus grand nombre de députés au parlement moldave, souhaite ainsi collaborer à nouveau avec la Russie, tandis que le Parti des socialistes n’hésite pas à imprimer le portrait de Vladimir Poutine sur ses affiches électorales.

Si, à l’heure actuelle, la coalition de partis pro-européens siège majoritairement à Chisinau, beaucoup de Moldaves sont aujourd’hui déçus voire méfiants du fait de la forte corruption qui règne dans le pays. Par ailleurs, l’accumulation des problèmes économiques (chômage, retraite, pouvoir d’achat, etc.) risquent de peser lourd dans la balance au moment du vote. Or, cette situation s’est accentuée depuis 2013, date à laquelle Chisinau a signé un accord d’association avec l’Union Européenne suite à la guerre civile ukrainienne : en représailles, Moscou n’a pas hésité à prendre des sanctions à l’encontre de la Moldavie, en grande partie dépendante économiquement de la Russie. Sanctions que Vladimir Poutine est bien évidemment prêt à lever en cas de gouvernement favorable aux idées russes… Pourtant, afin de ne pas effrayer les électeurs, les déclarations des leaders politiques n’adoptent pas (encore ?) de ligne dure : les communistes ont dit vouloir respecter cet accord avec l’Europe, tandis que le premier Ministre actuel a indiqué ne pas vouloir d’adhésion à l’OTAN.

La Transnistrie, province moldave sécessionniste à majorité russophone

En regard de ce vote, rappelons que la Moldavie est d’ores et déjà déchirée depuis longtemps. Ainsi, la Transnistrie, région moldave à l’Est du pays, accueille une population d’environ 500 000 habitants à majorité russophone. Après avoir tenté de faire sécession en 1992, la Transnistrie est définitivement (re)tombée dans le giron de la Russie, et possède aujourd’hui son drapeau, son hymne et sa propre monnaie, sans être reconnu par le moindre Etat, pas même la Russie. En 2006, un vote a même plébiscité (à 97%) le rattachement de la province à Moscou afin de devenir une enclave russe, comme Kaliningrad. Si la Russie n’accède pas à ces demandes, elle use néanmoins de sa mainmise sur cette région pour faire pression sur Chisinau et empêcher tout rapprochement définitif avec l’Occident. Aujourd’hui, la Transnistrie est totalement inféodée à Moscou et vit sous perfusion russe, alors qu’un tiers des habitants de la région serait d’ailleurs russe.

Alors que la campagne arrive à son terme, de nombreux doutes ont été levés sur le bon déroulement du vote. De nombreux cas d’abus voire de corruption sont pointés du doigt, alors même que les sondages ont toujours du mal à départager pro-européens et pro-russes. Ainsi, le vote de ce dimanche comporte de nombreux risques, dont celui d’une escalade des tensions dans la région, déjà très déstabilisée, et la possibilité de voir Vladimir Poutine avancer ses pions dans une nouvelle région pro-russe, après l’Ossétie du Sud et l’Abkhazie (2008) et plus récemment la Crimée…

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