Sadiq Khan, le nouveau patron europhile de Londres

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Les Londoniens ont été appelés aux urnes le 5 mai dernier pour choisir un nouveau maire. L’issu du scrutin a confirmé les enquêtes d’opinion relayées depuis plusieurs semaines par la presse anglaise. Le candidat du Parti travailliste, Sadiq Khan, a largement devancé Zac Goldsmith, du Parti conservateur, en récoltant 56,9% des suffrages exprimés. L’engouement des habitants de la capitale cosmopolite pour ce fils d’immigrés pakistanais a été impressionnant. Alors que le Parti travailliste est en perte de vitesse dans le reste du Royaume-Uni, il se voit recevoir les clefs de la plus grande ville de l’Union européenne.

Retour sur cette campagne, et sur le profil de S. Khan.      

Sadiq Khan le 7 mai 2016, après l'annonce officielle des résultats. Il récolté 56,9% des votes, devançant largement le conservateur Zac Goldsmith.
Sadiq Khan le 7 mai 2016, après l’annonce officielle des résultats. Il récolté 56,9% des votes, devançant largement le conservateur Zac Goldsmith.

C’est en effet principalement l’identité, et le parcours de S. Khan qui ont retenu l’attention de la plupart des médias européens. Il est vrai que l’ascension sociale de ce fils de chauffeur de bus, ayant grandi dans le Sud de Londres avec ses sept frères et sœurs, a de quoi faire rêver. Après des études brillantes, il est devenu avocat spécialisé dans les droits de l’homme. Il a même fondé son propre cabinet en 1997, en s’associant avec l’avocate Louise Christian. Il a par la suite été élu député en 2005, avant d’occuper différents postes au sein des gouvernements de Gordon Brown, et dans les « Shadow Cabinet » d’Ed Miliband.

Toutefois, au-delà de ce parcours de « self-made-man », c’est principalement son affiliation religieuse qui a été mise en avant, et ce à plusieurs reprises. S. Khan est en effet musulman, et ce comme plus de 12% de la population londonienne. Il est cependant le  premier à diriger la capitale britannique. Mais n’est pas le premier musulman européen à obtenir un tel poste : depuis 2009, Rotterdam a un maire musulman, Ahmed Aboutaleb. Néanmoins, il est vrai que l’élection de S. Khan détonne dans un paysage européen marqué par la crise des réfugiés, la montée de l’islamophobie, et celle de l’extrême-droite. Cependant, elle reflète seulement la diversité de Londres, où 40% de la population appartient à une minorité ethnique.

La campagne a été particulièrement féroce. Z. Goldsmith a fait tout son possible pour mettre en échec le favori, jusqu’à utiliser des méthodes largement critiquables.

La victoire de S. Khan montre en effet le rejet de son adversaire Z. Goldsmith. Ce dernier a essayé d’instrumentaliser sa religion, et d’en faire une arme contre l’ancien avocat. Plutôt que de l’affronter sur le terrain des idées, il a en général mené une campagne négative. Il a notamment affirmé que S. Khan avait des liens avec des figures de l’Islam extrémiste. Les Londoniens n’ont pas apprécié ces tentatives de division. Même le propre camp de Z. Goldsmith a critiqué ses méthodes, une fois l’élection passée. Le fait que le candidat conservateur ait été mis en échec à plusieurs reprises sur sa connaissance de Londres n’a pas redoré sa popularité. Parallèlement, S. Khan a mené une campagne dont le but était d’inclure tous les Londoniens. De ce fait, il a encouragé ses militants à se rendre dans les lieux propres à chaque minorité ethnique. A la suite de son intronisation en tant que maire, il a déclaré qu’il était fier que Londres ait « choisi l’espoir plutôt que la peur, et l’unité plutôt que la division ».

Maintenant que le temps de l’affrontement politique est terminé, il est temps pour S. Khan de mettre en place son programme, et donc, de prendre la suite du charismatique Boris Johnson.

La capitale britannique sera donc à présent dirigée par un travailliste, après l’avoir été pendant huit ans par le Parti conservateur, et plus précisément par B. Johnson. Ce dernier va désormais se consacrer à son futur au sein de la politique nationale du pays.  S. Khan a annoncé qu’il souhaitait mettre l’accent sur la résolution des problèmes de logements. Il veut notamment moduler les loyers des logements sociaux. De plus, il a promis de geler le prix des transports publics pendant au moins quatre ans.

S. Khan se différencie de son prédécesseur car il a exprimé plusieurs fois son opposition au BREXIT. Selon lui, cela serait « catastrophique », aussi bien pour Londres, que pour l’ensemble du Royaume-Uni. La sortie du pays de l’Union européenne aurait des effets économiques négatifs, mais le pays risquerait aussi de perdre une certaine richesse culturelle. Il est donc légitime de se demander si le choix des Londoniens pour S. Khan montre leur opposition au BREXIT. Cependant, il est impossible de baser un pronostic sur les seules élections municipales de Londres, étant donné que le reste du Royaume-Uni ne vote pas comme la capitale.  Dans tous les cas, S. Khan a annoncé qu’il ferait campagne aux côtés du Premier ministre conservateur David Cameron pour que le référendum du 23 juin ne marque pas la fin de l’aventure européenne du Royaume-Uni.

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