Islande : l’abordage manqué du Parti pirate ?

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Ce week-end, l’attraction politique était du côté de l’Islande, où se tenaient des élections législatives anticipées. En effet, les sondages donnaient de fortes chances au Parti pirate, résolument internationaliste, de l’emporter, ce qui aurait été une première en Europe. Cependant, malgré une percée de leur parti, les résultats sont restés en deçà des attentes des Pirates islandais.

Logo du Parti pirate islandais, aux portes du pouvoir.
Logo du Parti pirate islandais, aux portes du pouvoir.

Une force politique récente

Le Parti pirate islandais est un parti récent, fondé en 2012 par des militants de l’internet libre sur le modèle de partis similaires déjà présents en Europe du Nord (Suède notamment) et dirigé par Birgitta Jonsdottir. A l’instar de Syriza en Grèce ou Podemos en Espagne, le Parti pirate s’inscrit comme une force politique en opposition avec les partis traditionnels. La crise financière de 2008, puis le scandale des Panama Papers, qui a contraint le Premier Ministre David Gunnlaugson à la démission, sont les principales raisons de l’audience grandissante du Parti pirate en Islande.

Malgré le scandale des comptes off-shore concernant plusieurs autres ministres, le gouvernement en place s’est maintenu au pouvoir au prix d’un remaniement et d’élections anticipées. Pays traditionnellement à droite, l’Islande a vu deux partis se partager tous les gouvernements depuis les années 1930 jusqu’en 2009 : le parti de l’Indépendance  et le Parti du progrès. Allié à trois autres forces de gauche (Alliance, Mouvement vert de gauche et Avenir radieux), le Parti pirate visait le retour de la gauche au pouvoir après un premier épisode entre 2009 et 2013. Il faut dire que les sondages étaient très favorables à cette hypothèse. Celui du 5 avril dernier créditait même le parti dirigé par l’ancienne porte-parole de WikiLeaks de 43% d’intentions de votes et 68.2% pour la coalition de gauche.

Un programme audacieux

La responsable du parti Pirate, Birgitta Jonsdottir milite pour que le lanceur d’alerte américain, Edward Snowden, soit accueilli dans le pays, et désire même lui accorder la nationalité islandaise. Une proposition bloquée par l’Althing (parlement islandais) jusqu’alors. Jonsdottir n’en est pas à son premier essai puisqu’elle a obtenu en 2005 la nationalité islandaise pour le champion d’échec américain Bobby Fischer,  poursuivi par les Etats-Unis depuis 1992 pour avoir violé l’embargo contre la Yougoslavie en y disputant un match.

Le deuxième axe du programme du Parti pirate est de relancer le projet de constitution citoyenne, engagé en 2009. Le processus participatif impliquant les citoyens a conduit à l’élection d’une assemblée constituante de 25 Islandais issus de la société civile et à la possibilité de proposer des amendements sur internet. Mais, le retour de la droite au pouvoir en 2013 a enterré le projet.

L’environnement, notamment l’exploitation raisonnée des ressources du sous-sol ou les quotas de pêche, est au cœur des idées défendues par le Parti pirate. Le parti propose par ailleurs une politique de santé basée sur la gratuité des soins et des médicaments. Pour financer ces mesures, une taxation élevée des entreprises utilisant des ressources naturelles est évoquée. En outre, le Parti pirate prévoit d’élargir les libertés de la presse tout en empêchant les gouvernements et entreprises de collecter et stocker les données personnelles sur l’Internet. Dans le domaine international, le souhait est de relancer l’idée de l’adhésion du pays à l’Union Européenne.

Les raisons de l’échec relatif

Samedi dernier, le Parti pirate est arrivé seulement troisième avec 14.5% des voix et 10 sièges sur 63 au Parlement, soit 7 de plus que précédemment. Le parti de l’Indépendance fait mieux que se maintenir en arrivant premier et en obtenant 21 sièges. Les Verts, alliés des pirates, arrivent deuxièmes et récoltent également 10 sièges.

Plusieurs causes expliquent ces résultats. La raison principale est le rebond économique que connaît le pays sous le gouvernement sortant. La croissance record attendue (4%) encouragée par le redressement du système bancaire et un tourisme florissant ont joué en faveur des conservateurs. La deuxième raison réside dans l’effondrement des deux autres partis de la coalition de gauche : Avenir radieux récolte seulement 4 sièges tandis que les sociaux-démocrates d’Alliance perdent 6 sièges des 9 qu’ils détenaient jusqu’alors. Enfin, la faible participation, notamment des jeunes, n’a pas profité au bouleversement démocratique voulu par le Parti pirate.

Malgré tout, si la coalition de gauche est assez loin de la majorité absolue au Parlement (27 sièges), les deux partis traditionnels alliés de droite (29 sièges) n’atteignent pas non plus les 32 élus nécessaires pour gouverner. L’avenir de ce nouveau Parlement, très éclaté, est soumis à des alliances hypothétiques avec le septième parti des élections, parti créé par une frange pro-européenne de la droite islandaise traditionnelle, détenant 7 sièges. Le rattachement de cette force politique avec la droite conservatrice paraissant impossible, une (très large) coalition de cinq partis allant des Pirates au centre-droit n’est pas à exclure.

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Marc GERARD

Ancien élève de CPGE B/L au Lycée Montaigne, Marc Gérard est diplômé d'un master en Histoire des mondes modernes et contemporains, certifié et enseignant en Histoire-Géographie. Il est rédacteur pour Les Yeux du Monde depuis janvier 2016.

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