Immigration en Suisse : un débat national singulier

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Le débat de l’immigration est un débat récurrent dans la Confédération Suisse. Le 12 février s’est voté un référendum sur la facilitation de naturalisation des petits-enfants d’immigrés. Ce vote met alors en lumière des années de polémique concernant la politique suisse vis-à-vis de l’immigration.

Le parlement suisse, centre des débats sur l'immigration en Suisse

Le 12 février 2017, les Suisses se sont réunis pour voter au sujet de la naturalisation des petits-enfants d’immigrés. Le référendum concernait la facilitation et la baisse des coûts des procédures de naturalisation pour ces petits enfants d’immigrés, venant en majorité d’Italie, de Turquie mais aussi des Balkans. Cette loi concernant l’attribution de la nationalité suisse a donc été acceptée par la population suisse a plus de 60%. Cette loi concernera donc environ 25 000 enfants, sur les 8 millions d’habitants actuels suisses. A titre informatif, le parti de l’Union démocratique du Centre (UDC), disposant de la plus grosse proportion de députés dans la chambre basse suisse, affichait nettement son rejet du référendum. On peut donc en déduire que le débat ne sera sans doute pas achevé dans la Confédération Suisse.

 

La question de l’immigration en Suisse : un débat intemporel

La question de l’immigration en Suisse reste en effet un sujet récursif pour plusieurs raisons. Considérée comme terre d’accueil depuis les années 80, la Suisse est le pays avec la plus grande proportion de sa population venant de l’étranger au monde (avec l’Australie). Si la majorité de cette migration est depuis ces dernières décennies parvenue des pays européens voisins (80% des résidents étrangers sont européens), la nature de la migration en Suisse a changé. Dans les années 90, on notait une majorité de migration de travailleurs peu qualifiés, à la recherche d’un niveau de vie plus élevée. Aujourd’hui, la nature de l’immigration vers la Confédération semble plus éclectique, tant au niveau du niveau d’étude que du pays d’origine.  Ainsi, les Suisses sont régulièrement sollicités par leur Etat concernant la limitation ou non de la politique d’immigration. On assistait alors en 2014 à un débat national prenant une ampleur globale, touchant notamment un grand nombre de résidents européens en Suisse. La population avait alors voté une limitation de l’immigration de masse et ainsi la mise en place de quotas restreignant la main d’œuvre non suisse.

 

Des compromis indispensables entre la Suisse et l’Union Européenne

L’adhésion au référendum par le « oui » de 2014 jettera une tension entre l’Union Européenne et la Suisse. De plus, très difficile à appliquer concrètement, le Parlement votera trois ans plus tard les conditions de cette limitation et ainsi ses dispositifs, qui finalement, ne seront pas aussi drastiques que celles initialement prévues. Qualifié comme « une capitulation par Bruxelles » par l’UDC, à l’origine du référendum, la Suisse renonce en fin 2016 au plafond d’immigration des travailleurs européens et incite seulement les entreprises à embaucher des travailleurs suisses dans les secteurs à fort taux de chômage.

 

Le compromis de la Suisse avec Bruxelles sur les lois nationales et bilatérales de libre-circulation des personnes n’est pas si surprenant. Afin d’éviter de contrarier ses relations diplomatiques avec l’ensemble des pays de l’Union Européenne, la Suisse a donc opté pour une solution plus acceptable vis-à-vis de Bruxelles. Le vote du référendum de 2014 sera finalement peu contraignant pour les entreprises et les résidents étrangers et la Suisse.

Le débat sur l’immigration « de masse » en Suisse devrait alors faire encore couler beaucoup d’encre. En 2016, selon des données du journal suisse germanophone le Blick, l’immigration serait cependant en recul comparée avec les années précédentes. Ainsi, si l’on parlait d’immigration « de masse » avec environ 100 000 ressortissants étrangers de plus par an en 2008, il semblerait qu’en 2016, on n’en compte plus que 60 000. De plus, selon l’Enquête sociale européenne de 2014, les Suisses jugerait de façon plus positive l’immigration européenne qu’en 2002. Ainsi, 39% des personnes interrogés juge que la libre circulation des personnes en Suisse rend la vie meilleure et 80% des jeunes à haut niveau de formation approuvent l’immigration en provenance des pays non-européens pauvres.

Enfin, la Suisse s’est également engagée en collaboration avec les pays de l’Union Européenne lors de la crise des migrants à partir de 2015 ; elle considère alors l’accueil environ 1500 ressortissants enregistrés en Grèce et en Italie.

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